« Parier sur l’idée qu’il n’y a pas d’alternative à Emmanuel Macron est une faute politique. » (Dominique de Villepin, le 25 juin 2019 sur BFM-TV).




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Il y a cinq ans, le 20 avril 2017, quelques heures avant le premier tour de l’élection présidentielle, l’ancien Premier Ministre Dominique de Villepin était sorti du bois et avait annoncé son soutien in extremis au candidat Emmanuel Macron au détriment de son successeur à Matignon, François Fillon. Il partageait avec Emmanuel Macron des relations amicales et un diagnostic politique sensiblement identique : il faut gouverner à droite et à gauche en même temps. Est-ce que pour 2022, celui qui a ouvert une galerie d’art à Hongkong pour exposer les œuvres du grand peintre Zao Wou-Ki, dont il est l’ami de la veuve, aura le même raisonnement ? Pas sûr.

En ce moment, on peut revoir sur les écrans Dominique de Villepin. Écrivain, diplomate, haut fonctionnaire, homme d’État, Dominique de Villepin s’est retiré de la vie politique après avoir échoué à recueillir les 500 parrainages en 2012 et est devenu un confortable avocat international, considéré même comme un proche du Président chinois Xi Jinping, pour sa passion de la Chine qu’il dispute avec Jean-Pierre Raffarin. Mais ses interventions médiatiques sont évidemment pour commenter la guerre en Ukraine. Figure mythique du refus aux Américains de la guerre en Irak, l’ancien Ministre des Affaires étrangères a une parole qui vaut son pesant de cacahuètes dans ce monde interdépendant : comment préserver à la fois son indépendance et la protection effective de son peuple ?

En tout cas, sur franceinfo le 13 mars 2022, il n’a pas ménagé l’actuel Président de la République à l’issue du Conseil Européen de l’avant-veille à Versailles : « Le message adressé par Versailles, aussi sympathique que soit ce rassemblement et aussi grave qu’il ait été, n’est pas forcément un message de circonstance. ». Il pensait même que c’était une erreur : « Durcir ne suffit pas. Il faut dans le même élan renforcer notre main en matière de négociations. Je crains que nous soyons à contretemps et à contre-signal. (…) Dans ces circonstances-là, on fait sobre ! On affiche une détermination qui ne va pas de pair avec des dîners de famille ou des banquets ! ».

En attaquant sur les dîners, Dominique de Villepin a fait dans la démagogie et dans le commentaire stérile. En effet, lorsqu’on réunit des dirigeants européens plusieurs jours, il faut bien qu’ils déjeunent et dînent ensemble et on peut se douter que ce n’est pas au MacDo de la zone commerciale. Cela n’interfère en rien avec la pertinence ou pas des décisions prises et question luxe, on est très loin du faste quasi-monarchique imposé par François Mitterrand dans le but d’en mettre plein la vue lors du sommet du G7 à Versailles le 9 juin 1982.

Continuant dans la critique frontale contre Emmanuel Macron, Dominique de Villepin a ajouté : « La politique étrangère est devenu pour trop de pays en Europe et en Occident un exercice de politique intérieure. Il faut retrouver la dimension mondiale de notre diplomatie. Nos diplomates doivent aller vers le monde et ne pas se cantonner à Paris ou dans des réunions, aussi sympathiques soient-elles. ». Cette dernière phrase est typiquement creuse et sans intérêt, et on imagine bien que ce n’est pas au nombre de missions à l’étranger ou au nombre de réunions forcément élevé dans un pays à réunionite qu’on juge la pertinence d’une politique.

En revanche, cela donne un signe sur l’intention de voir favorablement ou défavorablement la candidature d’Emmanuel Macron. Y aurait-il de la déception dans l’air ? Déjà le 29 avril 2018 sur BFM-TV, il disait effectivement : « On a maintenant un an de pratique de la Présidence Macron et nous constatons une situation de surchauffe, à la fois diplomatique et militaire. Surchauffe diplomatique parce que la France est présente sur tous les fronts, le Président multiplie les rencontres, les discours, les voyages. ». Il proposait alors : « Il faudrait rajouter un organe, une institution, qui peut être une sorte de Conseil national de sécurité, soit en liaison avec les deux ministères [Affaires étrangères et Armées], soit auprès du Président de la République [pour donner] un temps d’avance par rapport aux crises qui se multiplient et aux tensions qui s’ajutent les unes aux autres. ». Un conseil dont il refuserait la présidence si éventuellement on le lui proposait car sa suggestion était bien sûr désintéressée.

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La perception de la vie politique chez Dominique de Villepin aurait-elle changé pour l’élection de 2022 ? En tout cas, il semble maintenant rejeter la politique du "en même temps". Sur BFM-TV le 25 juin 2019, l’ancien Premier Ministre argumentait devant Jean-Jacques Bourdin en donnant les raisons d’avoir un parti Les Républicains fort pour rompre le clivage mortifère de 2017 entre « un hypercentre, un extrême centre » et « un mouvement populiste qui risque de faire la synthèse entre l’extrême droite et l’extrême gauche ».

Fustigeant alors les dizaines voire centaines de maires LR qui ont annoncé leur soutien à Emmanuel Macron (dès juin 2019), Dominique de Villepin a regretté ces ralliements : « Le risque pour eux [élus LR], c’est la perte de sang-froid, c’est de céder aux sirènes de l’entourage du Président de la République qui cherche à débaucher les uns et les autres. Ça, c’est mortel, la lâcheté est toujours mortelle. ». Une déclaration qui ne manquait pas de sel provenant de cet ancien haut responsable LR qui avait rallié Emmanuel Macron dès 2017 !

En 2022, Dominique de Villepin votera donc peut-être pour la candidate LR Valérie Pécresse… mais cette fois-ci, peut-être que c’est elle-même qui rejetterait un tel soutien. En effet, Valérie Pécresse a confié dans son livre "Et c’est cela qui changea tout" (coécrit avec la journaliste Marion Van Renterghem et publié le 14 novembre 2019 chez Robert Laffont) pourquoi elle s’était fabriqué une carapace épaisse pour résister aux duretés de la vie politique, surtout lorsqu’on est une femme.

Sur France Inter le 12 novembre 2019, elle a expliqué que Dominique de Villepin avait été son "recruteur" pour travailler à l’Élysée, au cabinet du Président de la République Jacques Chirac à la fin des années 1990. L’entretien de recrutement (racontée dans le livre) semble correspondre à un autre entretien de recrutement, cette fois-ci raconté dans la bande dessinée "Quai d’Orsay".

Valérie Pécresse s’est vu notifier qu’elle était la favorite au poste car elle était une femme, mais son interlocuteur a poursuivi : « Vous, vous ne ferez jamais de politique, parce que vous êtes une femme normale : vous avez un mari, des enfants. En politique, il n’y a pas de femmes normales, il n’y a que des névrosées ! (…) Pensez-vous vraiment être faite pour cette vie-là ? ». Le diagnostic s’est avéré faux : Valérie Pécresse s’est émancipée, élue députée, ministre qui comptait entre 2007 et 2012, elle a été élue présidente du conseil régional d’Île-de-France et est aujourd’hui la candidate du parti de Jacques Chirac à l’élection présidentielle. Pas sûr que cette réussite incontestable du parcours de la "femme normale" aidera dans le choix de Dominique de Villepin à choisir la bonne personne dans quelques jours…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Dominique de Villepin votera-t-il pour Emmanuel Macron ?
Quai d’Orsay.
Cassandre ?
Mais où est donc Dominique de Villepin ?
Assurancetourix ?
République solidaire et le revenu universel.
Les moulins de l’UMP.
Le gaullisme politique.

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