« Alors, face à ce retour du tragique dans l’Histoire, nous ne sommes pas, nous, de ceux qui attisent les peurs et recherchent des boucs émissaires, ça ne sert à rien. (…) Face à ceux qui tentent de semer le poison de la division, de fragmenter, de fracturer les hommes, il n’y a pas plus puissant que la force tranquille de la fraternité. » (Emmanuel Macron, le 2 avril 2022 à Paris La Défense).




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Certains partisans de Marine Le Pen veulent voir dans une sorte de front renversé (peu flatteur) du Tout sauf Macron une répétition non pas de l’élection présidentielle de 2002 mais de celle de 2012 : François Hollande, effectivement, avait principalement gagné par défaut, dans une sorte de front Tout sauf Sarkozy. Or, on sait bien qu’une telle essence de victoire est foncièrement mauvaise pour la France. Le quinquennat de François Hollande l’a prouvé et les socialistes paient encore le prix fort de cet échec.

Personne des opposants forcenés de Nicolas Sarkozy n’avait envisagé que son successeur serait encore pire que lui. L’un des précurseurs de cet échec, c’est que François Hollande n’avait jamais été ministre, donc, n’avait jamais pris des décisions au niveau national. Mais au moins, énarque, HEC, conseiller à l’Élysée et surtout, chef d’exécutifs locaux (Tulle, conseil général de Corrèze), il avait quelques notions de gestion d’une collectivité publique.

En 2022, nous nous enfonçons de l’incompétence et l’inexpérience, puisque Marine Le Pen, ne connaissant pas les rouages de l’État par la théorie (pas d’ENA), ne connaissant rien au monde de l’entreprise (aucune expérience ni formation théorique), n’a jamais été ministre, évidemment, mais pire, elle n’a jamais géré une seule collectivité publique, pas même un village de 500 âmes. Et c’est à elle qu’il faudrait donner les codes de l’arme nucléaire, les clefs de notre avenir économique, militaire, culturel, etc. ?

Les promoteurs du pseudo-front Tout sauf Macron seraient, si jamais ils gagnaient, les premiers à fustiger Marine Le Pen, son incompétence, ses inconséquences. Exactement comme en 2012. Pas la peine de faire le pari, ce serait gagné d’avance.

Alors, oui, certains, et bizarrement, ils semblent se situer plutôt à gauche, sont dans une politique typiquement russe (l’histoire s’est parfois répétée) de la terre brûlée. Leur raisonnement est celui-ci : puisque mon candidat n’a pas été élu, faisons élire celui ou celle qui mettra le plus la mouise. Et ils choisissent dans ce cas, très logiquement, Marine Le Pen. Ensuite, il faut habiller cette totale inconvenance politique, car ils ont un peu honte quand même. Ils disent alors deux choses : premièrement, cela ne peut pas être pire que le Président Emmanuel Macron ; deuxième, l’élection de Marine Le Pen n’est pas grave car on ne peut pas gouverner sans majorité à l’Assemblée Nationale et elle n’aura jamais de majorité à l’Assemblée Nationale.

Démontons les deux arguments.

Déjà, je considère que le quinquennat d’Emmanuel Macron est le meilleur depuis une vingtaine d’années au moins, disons, depuis l’institution du quinquennat. Le problème numéro un des Français depuis près de cinquante ans, il faut le rappeler, c’était le chômage, on semble presque l’oublier, et pourtant, il y a encore du chômage, mais ce chômage est à son plus bas niveau depuis quinze ans, un taux de 7,4%, à tel point que dans beaucoup de domaines, il y a une véritable tension du marché du travail. Et l’un des problèmes français, le chômage des jeunes, est au plus bas depuis quarante-deux ans, c’est historique !

C’est un grand mérite d’Emmanuel Macron d’avoir su enrayer le chômage par une politique pro-entreprises, et cela malgré la crise sanitaire qui a duré deux ans (il n’a pas été gâté par les circonstances). Aujourd’hui, Emmanuel Macron propose de continuer sur la lancée et s’engage sur le plein emploi à la fin de son second quinquennat, c’est-à-dire un taux de 5%, qui est tout à fait réalisable car la France du travail a de la ressource. Et il propose aussi, intelligemment, de moduler les mécanismes de l‘assurance-chômage en fonction de la conjoncture : quand le chômage est très fort, l’État doit être protecteur et préserver le niveau de vie des demandeurs d’emploi ; lorsqu’il y a le plein emploi, alors il faut encourager le retour à l’emploi en réduisant l’accès à l’assurance-chômage. Sur le principe, c’est correct, il faudra bien sûr en voir l’application, et les dispositions concrètes qui ne peuvent qu’être compliquées.

Alors, après un tel quinquennat, un autre qu’Emmanuel Macron ne peut être que pire car il aura du mal à faire mieux, déjà parce que son adversaire n’a jamais rien compris à l’économie et aux finances publiques (ce qui ne l’empêcherait pas d’être élue, la preuve par François Mitterrand !), ensuite parce qu’elle rase gratis, elle donne beaucoup par démagogie sans proposer un commencement de financement de ce qu’elle donne, sauf par l’impôt ou par l’austérité contrainte ultérieure (c’était le cheminement du premier septennat de François Mitterrand). Après tout, en période de Pâques, elle offre des œufs en chocolat… à moins qu’on parle de cloches.

2012 a montré qu’un vote par défaut est stupide et ne va pas dans le sens de l’intérêt de la France. Cela peut faire plaisir émotionnellement, car certains sont en colère et forcément, le responsable de leur colère ne peut être que le Président de la République (on lui reproche l’arrivée du virus, l’invasion de l’Ukraine, que sais-je encore ? on ne prête qu’aux riches), alors la colère est toujours tournée vers le chef, c’était clair avec les gilets jaunes qui, à l’origine, critiquaient une mesure prise par… François Hollande et pas Emmanuel Macron (la taxe carbone). Mais se faire vaguement plaisir (drôle de plaisir) en chargeant Emmanuel Macron fera-t-il avancer la France ? Certainement pas, on l’a vu avec l’antisarkozysme en 2012. C’est même le contraire, ça l’a fait reculer.

Le second argument est encore plus bidon : "vous pouvez voter pour Marine Le Pen à l’Élysée, elle ne sera pas dangereuse puisqu’elle n’aura pas de majorité parlementaire". Là, l’idée est doublement stupide, mais se base sur une hypothèse juste : oui, elle est dangereuse, son programme est dangereux pour la France et les Français. Alors, pourquoi voter pour une candidate dangereuse si ce n’est pas par goût immodéré du masochisme voire par tentation suicidaire ?

Ceux qui vous disent que Marine Le Pen n’aura pas de majorité vous mentent ou ne comprennent rien aux institutions de la Cinquième République. Si Marine Le Pen était élue, elle aurait réussi à réunir plus de 50% des suffrages exprimés au second tour. Donc, il faut regarder ce que cela signifie dans les 577 circonscriptions. Ce serait plus qu’il n’en faut pour avoir une vague aux élections législatives. Emmanuel Macron, avec un parti beaucoup moins constitué, beaucoup moins structuré, beaucoup moins expérimenté que le RN, a eu sa majorité absolue avec souvent des candidats élus qui étaient totalement inconnus de leurs électeurs au moment de leur candidature. Les candidats RN, les électeurs les connaissent depuis des décennies, ils sont souvent les losers des élections, mais dans cette configuration-là, le vent tournerait en leur faveur.

Aujourd’hui, entre les deux tours, la question est de savoir si on peut imaginer franchement Marine Le Pen aux commandes à l’Élysée. Ce n’est pas parce qu’elle a un sourire carnassier et qu’elle dit qu’elle est prête qu’elle l’est réellement. Elle n’a personne derrière elle, à part des militants et des apparatchiks, parfois venus des entrailles de l’extrême droite la plus puante. Emmanuel Macron, oui, certains s’y sont opposés, mais on sait ce qu’il a fait, ce qu’il n’a pas fait, on a vu la manière dont il a su redresser l’image et la dignité de la France à l’extérieur, et aussi à l’intérieur, en remettant la France sur les rails de la prospérité, seul préalable avant de vouloir lutter contre le réchauffement climatique (qui est une préoccupation de nations riches, j’insiste lourdement sur cela).

Certains pourraient poser le clivage de ce second tour entre la colère et la peur, la colère des extrémistes, populistes, démagogues de tout poil qui tentent (sans succès) de reprendre toute sorte de colère (gilets jaunes, antivax, etc.), et la peur des politiquement corrects, des partisans du front républicain (qui n’a existé qu’en 2002 mais ni en 2017 ni en 2022, comme l’a rappelé Emmanuel Macron le 11 avril 2022). C’est une double erreur, un choix à une élection présidentielle engage la destinée de 67 millions de Français pendant 5 ans, il ne doit pas se faire sur un coup d’émotion : ni colère, ni peur, mais RAISON.

Du reste, ce n’est pas la peur que je ressens face à la diffusion des idées extrémistes, mais bien de la colère, de la colère qu’on disserte sur des mesures absolument affligeantes qui remettent en cause nos valeurs fondamentales, en particulier la liberté et l’égalité, et en cerise sur le gâteau, la fraternité en est vaporisée. Cette banalisation de ce type de mesures, largement amplifiée par Les Républicains (ce parti porte une responsabilité historique).

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Emmanuel Macron l’a très bien exprimée lors de son grand meeting du 2 avril 2022, en se permettant de citer Charles Péguy qui parlait d’une "âme habituée" : « Je n’écoute ni ceux qui ont déjà gagné ni les Cassandre ; non, mais il nous faut ensemble relever le défi du combat. Le pire, mes amis, est d’avoir une âme habituée, disait Péguy. Or, nous nous sommes habitués, le danger extrémiste aujourd’hui est d’autant plus grand que depuis plusieurs mois, plusieurs années, la haine, les vérités alternatives se sont banalisées dans le débat public. Nous nous sommes habitués, nous nous sommes habitués à voire défiler sur certains plateaux de télévision des auteurs antisémites, d’autres racistes (…). Nous nous sommes habitués à leurs contrevérités crasses, leurs théories nauséabondes ! Nous nous sommes habitués à voir des responsables politiques raconter n’importe quoi sur le covid, tenir les pires discours complotistes sur le vaccin, au risque de mettre la vie de nos compatriotes en danger ! Le lendemain, ils sont réinvités ! Ils peuvent un matin sortir de l’euro, le soir revenir dans l’Europe, personne jamais ne relève leur incohérence ! Leur programme pourtant ruinerait les petits épargnants, effondrerait leur pouvoir d’achat, amènerait à la faillite la retraite ; mais nul ne s’en émeut. Nous nous sommes habitués, oui, à laisser des candidats se dire patriotes tout en faisant financer leur projet et leur parti par l’étranger ! ».

L’attaque contre Marine Le Pen était implicite mais bien comprise, et c’est peut-être ce dernier point qui est le plus significatif : comment peut-on prétendre défendre au mieux les intérêts de la France alors qu’on s’est vendu aux intérêts russes ? Surtout maintenant qu’il y a une guerre qui montre clairement que Vladimir Poutine ne répond pas aux intérêts des Français considérés comme inamicaux (alors que la France a toujours considéré sa proximité avec le peuple russe).

Et Emmanuel Macron de poursuivre : « Nous nous sommes habitués à ce que l’extrême droite se réclame de Charles De Gaulle alors que tout dans son histoire, son parcours, l’éloigne du gaullisme ; alors qu’elle est précisément, l’extrême droite, l’héritière de ce qu’a combattu le Général ! Pendant des années, une pensée molle, celle du politiquement correct, a cru qu’on pouvait combattre l’extrême droite en faisant des leçons de morale à ses électeurs ; ça ne marche pas. Je n’ai d’ailleurs jamais été partisan du politiquement correct. Mais désormais, au prétexte d’y échapper, certains voudraient, parfois les mêmes, nous faire croire que les contrevérités, que les idées les plus choquantes, que les discours au fond légitimes le seraient parce qu’ils sont alternatifs, atroces… Eh bien non ! Non au politiquement correct, mais non au politiquement abject ! ».

Le discours de Marine Le Pen sur les immigrés est tellement abject d’ailleurs que même Robert Ménard, qui a eu une prise de conscience soudaine grâce à l’Ukraine, a annoncé le 15 avril 2022 se retirer de la campagne de la chef du RN car il ne voudrait pas que ses critiques soient décomptés de son temps de parole.

Dans le programme du RN, au-delà du flou de certaines mesures, les autres montrent leurs limités. La sortie de l’Union Européenne que ce programme prépare provoquera en masse du chômage des jeunes, la ruine des petits épargnants, etc.  Sur l’écologie, Marine Le Pen veut stopper tous les investissements des énergies renouvelables et même financer avec l’argent du contribuable le démantèlement des éoliennes. Elle veut comme Donald Trump se retirer des Accords de Paris. Elle veut en outre supprimer les investissements dans les quartiers populaires déjà, selon elle, trop aidés. Elle veut instituer une discrimination anticonstitutionnelle en imposant aux soignants de faire le trie des patients selon leurs origines pour savoir qui peut être soigné ou pas. Enfin, son modèle reste la Russie de Poutine qui, décidément, n’a pas les mêmes valeurs que celles des Français, pour qui la vie ne compte pas.

Le 10 avril 2022, Emmanuel Macron a rappelé : « Je veux une France qui s’inscrit dans une Europe forte qui continue de nouer des alliances avec les grandes démocraties pour se défendre, pas d’une France qui sortie d’Europe, n’aurait pour seuls alliées que l’internationale des populistes et des xénophobes ! Ce n’est pas nous ! ».

Assurément, il n’y a pas besoin d’un barrage moral pour combattre la candidature de Marine Le Pen. Son programme suffit à la combattre…


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (15 avril 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Marine Le Pen : ne nous trompons pas de colère !
Programme 2022 de la candidate Marine Le Pen (à télécharger).
Philippe de Villiers.
Élysée 2022 (38) : Marine Le Pen et la Russie de Vladimir Poutine.
François Bayrou, le parrain de Marine Le Pen.
Robert Ménard.
Éric Zemmour et l’obsession de l’immigration.
Faut-il craindre un second tour Éric Zemmour vs Marine Le Pen ?
Jean-Marie Le Pen.
L’effet majoritaire.
Florian Philippot.
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Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.

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