« Après cinq années de transformations, d’heures heureuses et difficiles, de crises exceptionnelles aussi, ce jour du 24 avril 2022, une majorité d’entre nous a fait le choix de me faire confiance pour présider notre République durant les cinq années à venir. » (Emmanuel Macron, le 24 avril 2022 à Paris).




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L’hymne à la joie en se présentant devant ses partisans au Champ-de-Mars dans son nouveau costume de Président réélu, entouré de la jeunesse de France ! La réélection d’Emmanuel Macron est la confirmation populaire et démocratique que le pays préfère la voie de la modernité et de la raison au repli sur soi et à la frustration. On peut toujours être élu par hasard ou par un concours de circonstances, on n’est jamais réélu par hasard, d’autant plus qu’historiquement, c’est exceptionnel.

Pour autant, Emmanuel Macron doit avoir le triomphe modeste. Pas parce qu’il a été mal réélu, bien au contraire, avec 58,5%, il a été très largement réélu, j’ai expliqué précédemment qu’il a eu une majorité absolue des votants, et que la proportion d’électeurs inscrits qui ont voté pour lui est équivalente à celle des inscrits qui ont voté pour François Hollande en 2012. Mais parce que le pays a été divisé par une campagne très angoissante, très dure, très clivante, depuis le début du mois de septembre 2021, avec les idées complètement anti-humanistes du polémiste Éric Zemmour qu’on entend un peu moins dans les médias depuis qu’il s’est pris une gamelle (7%) et cela repose un peu, mais relayées par les mêmes idées présentées par Marine Le Pen.

On reparlera de cette fracture du pays, les sondeurs et les sociologues adorent en parler et ils auront cinq ans pour en parler. Emmanuel Macron, lui, doit faire de la politique et doit dans un premier temps réfléchir sur le choix de son prochain Premier Ministre. Jean Castex devrait franchir le 1er mai 2022 mais jusqu’à quand ? Certains peuvent imaginer qu’il puisse aller jusqu’à la fin des élections législatives, mais cela signifierait que la majorité présidentielle table sur une défaite électorale.

Comme Emmanuel Macron a promis de nouvelles méthodes, une non-continuité avec le quinquennat précédent, il serait donc logique de se séparer de Jean Castex dès maintenant, d’autant plus qu’il a été prévenu à sa nomination le 3 juillet 2020 que son contrat est un contrat à durée déterminée jusqu’à la fin du premier quinquennat.

Sur le plan politique, Emmanuel Macron doit rassembler ses électeurs du second tours, ce que n’avait pas réalisé Jacques Chirac en 2002. Il est passé de 28% à 58%, soit plus de 30 points supplémentaires, il a plus que doubler son score. Sa philosophie s’est exprimée ainsi le 24 avril 2022 au soir : « Je sais aussi que nombre de nos compatriotes ont voté ce jour pour moi non pour soutenir les idées que je porte mais pour faire barrage à celles de l’extrême droite. Je veux ici les remercier et leur dire que j’ai conscience que ce vote m’oblige pour les années à venir. Je suis dépositaire de leur sens du devoir, de leur attachement à la République et du respect des différences qui se sont exprimées ces dernières semaines. ». La manière dont il appliquera cette parole influera directement sur le climat politique de son deuxième quinquennat.

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Quel serait le profil idéal ? Il faudrait que le prochain Premier Ministre soit un poids lourd de la politique capable de mener à la victoire la majorité présidentielle dans la campagne des législatives ; il vaudrait mieux qu’il soit elle, une femme ; il faudrait qu’il connaisse bien les questions sur l’énergie, la transition écologique, le logement, etc. (je reste avec le pronom "il" qui est un neutre signifiant "il" ou "elle") ; il faudrait qu’il puisse satisfaire Jean-Luc Mélenchon et Valérie Pécresse ; il faudrait aussi qu’il soit en très bonne forme physique et intellectuelle (Matignon est sans doute l’emploi le plus dévoreur de personnalité). Et en plus, il faudrait que ses relations avec Emmanuel Macron permettent la plus parfaite efficacité au sommet de l’État.

Dans ce profil, la personnalité qui se dégagerait le mieux serait incontestablement Valérie Pécresse, mais après avoir autant fustigé la politique d’Emmanuel Macron pendant sept mois, matin, midi et soir (lui reprochant entre autres d’avoir cramé la caisse alors que c’est plutôt elle-même qui a cramé sa propre caisse), il lui serait difficile d’expliquer un tel revirement, même si Édouard Philippe, par exemple, avait eu le même changement de direction.

Bref, autant dire que ce profil est introuvable à moins de créer son propre être transhumanisé ! Alors, évidemment, et bien avant le second tour, les journalistes ont cité des noms et le premier qui revient est Christine Lagarde, régulièrement premier-ministrable depuis l’époque de Nicolas Sarkozy. Mais quel intérêt aurait-elle à vouloir diriger le gouvernement de la France, elle qui a quitté la France depuis onze ans, depuis juin 2011, pour diriger le FMI puis la BCE ? Sa fonction est très importante au sein de l’Europe, et même cruciale pour la politique économique d’Emmanuel Macron. La nommer à Matignon, c’est retirer une Française à la BCE et ce n’est pas sûr de trouver un successeur de la même carure à la BCE. De plus, il pourrait y avoir des désaccords sur la politique monétaire.

On a parlé aussi d’Élisabeth Borne qui est l’une des révélations du premier quinquennat. Elle a pris la succession de François de Rugy, puis le Ministère du Travail qui est particulièrement difficile, et excellente technicienne (elle a réalisé au début du premier quinquennat la réforme de la SNCF), elle n’a pas démérité. Il reste pourtant qu’elle ne semble pas avoir un poids politique majeur pour mener une campagne législative nationale qui puisse entraîner toute la majorité présidentielle (il faut se rappeler la trop grande légèreté politique de Nathalie Loiseau aux européennes de mai 2019).

On peut aussi voir du côté des poids lourds politiques, mais dans ce cas, ce ne sont pas des femmes. Le premier d’entre eux est Bruno Le Maire, lui aussi premier-ministrable depuis 2010, même s’il semble plutôt partant pour continuer à Bercy (un peu à l’instar de Valéry Giscard d’Estaing dans les années 1960). Qui d’autres donc ? Gérald Darmanin ? Julien Denormandie est cité aussi plus récemment. Dans ce cas, pourquoi pas non plus Barbara Pompili ou Amélie de Montchalin ? Certains pensent même à Nathalie Kosciusko-Morizet qui pourrait "cocher toutes les cases" : femme, connaissant l’écologie (elle a pris la succession de Jean-Louis Borloo), personnalité d’ouverture, poids lourds politique ambitieuse au point d’avoir dépassé Bruno Le Maire à la primaire LR de novembre 2016. Son seul problème est d’avoir déserté la vie politique depuis son échec aux élections législatives de juin 2017, battue à Paris par un candidat LREM (Gilles Le Gendre).

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Autre hypothèse : Jean-Pierre Chevènement, qui s’est beaucoup activé pendant la campagne présidentielle, en organisant un meeting de soutien à Emmanuel Macron (le 19 avril 2022 à Belfort avec son parti Refondation républicaine) et aussi en proposant des points forts d’action qui pourraient être l’ossature d’un discours de politique générale (par exemple, dans une tribune au journal "Le Monde" du 19 avril 2022, il a exposé trois axes : redonner un sens au travail avec la réindustrialisation du pays et la réhabilitation de la science ; refonder la République avec les valeurs de la citoyenneté et la place de la France dans le monde ; enfin, restaurer le socle de l’école publique en poursuivant le chantier ouvert durant le premier quinquennat). Bien entendu, l’âge (83 ans) serait un handicap dans un monde qui va à 100 à l’heure.

Le journaliste Yves Théard imaginerait bien, quant à lui, la nomination de François Bayrou, poids lourds politique incontestable de la Macronie, mais avec un certain nombre de défauts pour le profil, en particulier celui de vouloir continuer à exister politiquement indépendamment du Président de la République.

Le problème d’Emmanuel Macron, c’est qu’il dispose de grands poids lourds politiques avec une grande expérience, mais plutôt âgés et symboles plus du passé que de l’avenir (on peut citer encore Jean-Yves Le Drian, qui va bientôt avoir 75 ans, premier-ministrable depuis l’époque de François Hollande ; aussi Bertrand Delanoë, etc.), ou alors de talents qui sont souvent excellents du point de vue technique, mais généralement inconsistants politiquement.

Mais peut-être que la solution se cache devant les yeux : et pourquoi pas Sandrine Rousseau, qui est écologiste (point d’insistance dans la campagne de second tour d’Emmanuel Macron), mélenchon-compatible, etc. ? Bien sûr, je plaisante, surtout depuis qu’elle a proposé de créer un "délit de non-partage des tâches domestiques", la difficulté du choix renforce les hypothèses les plus farfelues. Réponse dans quelques jours.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 avril 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (48) : qui sera le prochain Premier Ministre d’Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (47) : la victoire historique d’Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron réélu Président de la République le 24 avril 2022.
Discours du Président Macron le 24 avril 2022 au Champ-de-Mars à Paris (texte intégral et vidéo).
Interview d’Emmanuel Macron le 22 avril 2022 sur France Inter.
Résultats du second tour de l’élection présidentielle du 24 avril 2022 (Ministère de l’Intérieur).

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220425-premier-ministrable.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-48-qui-sera-le-241172

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/04/25/39450830.html