« Une nouvelle époque s’annonce. Elle nécessitera des changements profonds. Il faudra sortir des habitudes et des réflexes partisans. Le contexte international et la situation financière sont graves et imposeront des décisions difficiles et urgentes. Ils exigeront des choix qui engageront la France pour les cinq années à venir. » (Nicolas Sarkozy, le 12 avril 2022).





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La question : Valérie Pécresse mènera-t-elle le parti Les Républicains dans la campagne des élections législatives des 12 et 19 juin 2022 ? était pertinente avant le premier tour de l’élection présidentielle du 10 avril 2022. Même si la candidate LR n’allait pas être élue, elle avait réussi à prendre le leadership d’un parti profondément divisé et en panne de leadership, un peu comme le parti socialiste en 1995 où l’échec présidentiel de Lionel Jospin lui a ouvert les portes de Matignon deux ans plus tard. On pouvait alors imaginer que fort de sa participation à l’élection présidentielle, elle aurait les coudées franches pour mener LR aux législatives, dont l’enjeu n’est pas négligeable car il s’agit, d’une part, de sauver la centaine de sièges des députés LR sortants, d’autre part, plus optimiste, de proposer la seule alternative à une majorité macronienne (si on oublie le songe de Jean-Luc Mélenchon), et plus généralement, il s’agit de définir avec pertinence et visibilité les relations entre LR et la majorité présidentielle.

Mais c’était avant le 10 avril 2022. Car après le désastre du premier tour, Valérie Pécresse n’a plus qu’une seule voie, se replier au conseil régional d’Île-de-France qu’elle préside et attendre des jours meilleurs, un peu comme Anne Hidalgo à la mairie de Paris. Elle avait commencé sa campagne contre Emmanuel Macron par un mauvais procès, il aurait « cramé la caisse » de l’État (pour éviter des dizaines de milliers de faillites et des centaines de milliers de licenciements) et puis, le sort est cruel, il fait se retourner à ses vérités, et c’est elle-même qui a cramé sa caisse, n’ayant plus le remboursement de ses frais de campagne par l’État (elle a cependant refusé et retourné le chèque de 2 000 euros de Nicolas Sarkozy).

Valérie Pécresse n’a pourtant pas démérité, mais personne n’a jamais dit que les élections sont justes. En 2007 ont participé trois excellents candidats, quand j’écris "excellents", c’est pour leur capacité à mobiliser, mobiliser leur électorat mais aussi des personnes qui ne s’étaient jamais engagées, aussi des abstentionnistes, des déboussolés : chacun à sa manière, Nicolas Sarkozy (et l’UMP), Ségolène Royal (et Désirs d’avenir) et François Bayrou (et le futur MoDem) ont nourri une très forte espérance et ont redoré la vie politique. C’était le changement de génération, des candidats nés après la guerre (ce qui était rare auparavant, et jamais arrivé pour des candidats sérieux), une nouvelle vague en somme, un nouvel air.

Mais les trois candidats ne pouvaient pas être élus en même temps, tous les trois, l’un a gagné, et les autres, qui n’avaient pas démérité, ont perdu, et perdu définitivement, car les petites fenêtres de succès potentiel se referment très vite ensuite (Ségolène Royal en octobre 2011 et François Bayrou en avril 2012 l’ont amèrement expérimenté). L’élection, ce n’est pas un examen mais un concours. Le meilleur gagne. La concurrence importe autant que le candidat lui-même.

Alors, évidemment, Valérie Pécresse n’a pas démérité dans sa campagne, elle a sillonné la France, labouré les territoires, elle a fait le job de candidate comme un grand parti gaulliste a toujours su le faire, à la Jacques Chirac, mais son meeting du 13 février 2022 a montré, hélas pour elle, une vérité : elle n’était pas faite pour incarner une force politique transcendant l’histoire, elle est faite pour gérer, sérieusement, intelligemment, un monde complexe. Assurer la technique (pas donnée à tous les responsables politiques) plus que soulever des montagnes, impulser un enthousiasme.

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Son choix stratégique de campagne, celui d’attaquer Emmanuel Macron et de faire des surenchères avec l’extrême droite, était une double erreur : erreur politique car ce n’est pas en encourageant les idées extrémistes et simplistes qu’un parti qui prétend gouverner renforce sa crédibilité politique, mais aussi erreur de communication car Valérie Pécresse n’était pas convaincante dans ce rôle, Éric Ciotti l’aurait été bien plus et de manière plus naturelle.

Encore ce jeudi 5 mai 2022, dans un message à ses soutiens, Valérie Pécresse a reconnu sa "cruelle défaite" : « Une cruelle défaite était au rendez-vous de cette élection qui s'est déroulée dans un contexte inédit. (...) Je prends, en responsabilité, toute ma part dans cette défaite, accentuée dans les derniers jours par la peur d'un second tour Mélenchon/Le Pen qui a suscité chez nos électeurs un réflexe de vote utile en faveur d'Emmanuel Macron. ».

Les électeurs perdus de LR reviendront-ils ? Peut-être, mais je ne crois pas que Valérie Pécresse ait été victime du "vote utile" en dernière semaine de campagne. Je crois qu’elle a été victime de son choix stratégique. Pourquoi ? Parce qu’Emmanuel Macron ne lui a pris aucun électeur, ceux des siens qui auraient pu voter pour la candidate LR en début décembre 2021 en ont été dissuadés avant Noël. D’ailleurs, Emmanuel Macron n’a pas obtenu plus que ce que les sondages lui attribuaient depuis la guerre en Ukraine, à savoir entre 28% et 30% d’intentions de vote. C’était pourtant un ciblage électoral en or avec une campagne du genre de celle de Valéry Giscard d’Estaing, le changement dans la continuité.

Au lieu de cela, elle a fait du pâle Éric Zemmour qui, lui-même, a été phagocyté par le vote utile pour Marine Le Pen (qui a disparu des écrans radars : tiens, où est-elle ? Ah ben, elle est en vacances ! C’est d’un sérieux, avant des élections cruciales !). Valérie Pécresse ne pouvait pas gagner. Elle s’est retrouvée comme Benoît Hamon, c’est-à-dire, au lieu d’être une candidate à potentiel gouvernemental, elle a été perçue comme une candidate à la marge (en plus, du mauvais côté des 5%). L’évolution de LR est donc très semblable à celle du PS avec une élection présidentielle de décalage. 1% en 2027 ?

Certes, comme le PS, LR a un confortable vivier d’élus locaux très fiables et prometteurs, qui ne profitent pour l’instant que de l’incapacité des proches de LREM à s’implanter dans les territoires, mais les responsables Les Républicains resteront à la marge de toute élection nationale tant qu’ils n’auront pas fait un travail de fond, inexistant depuis la construction du programme de François Fillon : Quelle est la vision de la société de LR ? Où ce parti veut-il amener la France ? Quelle est sa valeur ajoutée par rapport aux autres grands partis que sont LREM et le RN ?

Ce travail de fond aurait dû être fait dès 2017 et l’échec de François Fillon. En novembre 2012, il y a eu tout de suite une élection interne majeure qui apportait des perspectives pour 2017. Mais rien en 2017, une préemption du parti par Laurent Waquiez puis, après le désastre européen de 2019 pourtant annonciateur, une sorte de mise sous cloche par Christian Jacob. Tant que ce travail de fond ne se met pas en place, ce qui se résume par des responsables, une équipe, un candidat (ou une candidate) désigné tôt, et de la réflexion, dès avant la fin de cette année, il y a peu à imaginer une vague LR porteuse dans le pays.

Quelle sera la part de Valérie Pécresse dans cette "renaissance" ? Elle l'a dit dans son message du 5 mai 2022 : « Je continuerai, à la place qui est la mienne, à la tête de ma région, de porter la parole de cette droite indépendante et d'agir concrètement pour les Français. J'ai la certitude que notre projet de société basé sur l'autorité, la liberté, la dignité et une certaine idée de la France, rétablir l'ordre, réformer, revaloriser le travail, réparer les fractures, innover et réindustrialiser, réinventer l'Europe pour qu'elle nous protège, reste le meilleur pour redresser la France et lui rendre sa force et son rayonnement. ».

Aux élections législatives de juin 2022, plutôt qu’une illusoire course à l’échalote à la sauce Mélenchon, LR va d’abord et surtout sauver les meubles : son financement, son groupe parlementaire, ses circonscriptions, et le plus dur sera probablement l’étiquette, que les actuels députés LR ne soient pas débauchés par Emmanuel Macron pour servir de base à la future majorité parlementaire. Pourtant, que peut bien proposer aux députés de base pleins de potentiel un parti comme LR alors que le temps avance et que les ambitions déçues patinent depuis dix ans ?

La décision de refuser toute alliance électorale avec la majorité présidentielle me paraît particulièrement suicidaire. Bien sûr, il ne s’agit pas de se fondre dans une sorte d’ectoplasme majoritaire (certains parlent déjà de "parti unique" oubliant que l’UMP l’était à une époque, et oubliant aussi qu’il existe autour de très nombreux partis, trop on pourrait même dire), mais la question cruciale est : existe-t-il une place électorale spécifique à LR hors de LREM et alliés, hors du RN et comparses et hors de la gauche ? La réponse électorale, aujourd’hui, semble négative.

Par conséquent, ce parti qui a été si souvent et si longtemps hégémonique et arrogant, doit aujourd’hui se positionner comme un parti centriste, comme les radicaux de gauche (à gauche), le parti radical (au centre droit), l’UDI (au centre droit mais plus à droite), etc., à savoir comme des supplétifs, indispensables d’un point de vue politique mais facultatifs d’un point de vue électoral. En d’autres termes, Les Républicains devra faire l’apprentissage de l’humilité en politique…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (48) : qui sera le prochain Premier Ministre d’Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (47) : la victoire historique d’Emmanuel Macron.
Bernard Pons.
Élysée 2022 (45) : le naufrage du parti Les Républicains.
Jean-François Copé.

Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.




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