« Nous voulons faire élire des députés dans une majorité de circonscriptions, pour empêcher Emmanuel Macron de poursuivre sa politique injuste et brutale (RSA sous condition de travail gratuit et retraite à 65 ans) et battre l’extrême droite. (…) Le Premier Ministre serait issu du plus grand groupe à l’Assemblée, soit Jean-Luc Mélenchon. » (FI et le PS, le 4 mai 2022).



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On croit rêver ! Jusqu’à nouvel ordre, c’est Emmanuel Macron qui a battu l’extrême droite le 24 avril 2022, ce n’est pas le PS de sa candidate Anne Hidalgo ni FI de Jean-Luc Mélenchon.

Après un accord avec les écologistes le 2 mai 2022, un accord avec les communistes le 3 mai 2022 (un accord sur un autre programme que la veille !), les apparatchiks de France insoumise, le parti de Jean-Luc Mélenchon, ont signé un accord avec les socialistes du PS ce mercredi 4 mai 2022. Sur encore un autre programme ? L’accord devra être ratifié au conseil national du PS qui aura lieu le 5 mai 2022 à 19 heures. Au conseil national du 20 avril 2022, le PS avait donné mandat à ses négociateurs de préparer un accord avec FI par 160 voix pour, 75 contre et 10 abstentions.

Pour dire clairement, on sent le parfum de la puanteur des combinaisons politiciennes de l’époque révolue de la Quatrième République, une atmosphère opaque de cuisine électorale qui ne fait pas honneur à la politique et encore moins à FI, mais c’est probablement un avant-goût du programme sur les institutions que ce parti voudrait mettre en place sous la dénomination "sixième république". On croit rêver car FI continue encore la fuite en avant en engageant des négociations maintenant avec… les dirigeants du NPA, le parti de Philippe Poutou.

Autant dire que le PS n’est plus le PS. D’ailleurs, dès le 3 mai 2022, l’ancien (et dernier) Premier Ministre socialiste Bernard Cazeneuve avait mis en garde ses camarades du PS : si le PS conclut un accord avec FI, alors, ce sera sans lui, il quittera le PS.

C’est aussi ce que vient de dire l’ancien Ministre de l’Agriculture, actuel maire du Mans, Stéphane Le Foll le 3 mai 2022 aux "4 Vérités" sur France 2 : il envisage sérieusement de quitter le PS si cet accord esit ratifié, insistant sur le fait que la perspective d’une victoire de la gauche aux élections législatives « est une fable, un leurre ». Il est prêt à prendre la tête des dissidents qui resteraient en lice dans certaines circonscriptions malgré l’accord. Ancien premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis a aussi appelé à refuser cet accord.

L’ancien Président François Hollande, un peu responsable de l’état dans lequel se trouve aujourd’hui son parti et qui avait prévu de relancer le PS après les législatives sous sa bannière, va être obligé benoîtement de quitter aussi le PS qui lui est devenu complètement étranger. Pourtant, c’était encore récent, il y a juste dix ans, c’était le hollandisme triomphant, avec un PS qui n’avait jamais été aussi fort de toute l’histoire de la République depuis que le courant socialiste existe, y compris à l’époque faste de François Mitterrand : à l’époque, le PS détenait ou contrôlait la majorité des grandes villes, la majorité des départements, la majorité des régions, la majorité absolue au Sénat depuis septembre 2011 (une première historique, qui ne s’est pas renouvelée en 2014), et avec l’élection de François Hollande au printemps 2012, l’Élysée, Matignon, la grande partie du gouvernement et la majorité absolue à l’Assemblée Nationale. Il est invraisemblable d’avoir dilapidé ce si fort capital institutionnel en quelques années au point de ne même pas avoir osé se représenter à sa réélection en 2017.

Qui est Olivier Faure ? Serait-ce un cheval de Troie du trotskisme le plus archaïque ? Premier secrétaire du PS depuis le 29  mars 2018, réélu à la tête du PS le 18 septembre 2021 à Villeurbanne, il dirige un parti qui vient d’accepter de revenir sur les lois qu’il avait lui-même présentées, défendues et adoptées, et, le pire, c’est qu’il a accepté de faire du Viktor Orban sur la scène européenne, à savoir de refuser des directives européennes si cela ne lui convenait pas !

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Le PS est un parti qu’on fui depuis 2017 : certains vers le macronisme (Jean-Yves Le Drian par exemple, et bien d’autres encore jusqu’à maintenant) ; certains comme Benoît Hamon, pourtant représentant officiel du PS à l’élection présidentielle de 2017, vers un parti nouvellement créé qui se moque du monde par son nom inclusivé, Générations (qui a aussi eu un accord aux législatives avec FI) ; d’autres vers les écologistes (comme Delphine Batho, la ministre renvoyée, qui a récupéré une coquille vide, Génération Écologie) ; et maintenant, le dernier carré des fidèles se fond dans le mélenchonisme.

Pendant ce temps, Emmanuel Macron essaie de ramasser à la petite cuillère quelques bonnes cavalières, comme Valérie Rabault, présidente du groupe PS à l’Assemblée Nationale, qui a annoncé qu’elle avait été contactée pour Matignon et qu’elle avait refusé. Mélenchon à Matignon n’est finalement plus si invraisemblable que ça !!

En tout cas, Jean-Luc Mélenchon a atteint l’objectif qu’il s’était fixé quand il a quitté le PS en 2008, alors qu’il doit tout au PS, son mandat de sénateur de 1986 à 2009, ses mandats locaux, en particulier de numéro deux du conseil général de l’Essonne. Cet objectif, c’était de tuer le PS, et le PS, toujours aussi vaillamment, l’a devancé ! Il s’est suicidé ce 4 mai 2022.

Car sur le plan du programme, c’est une reddition complète, une déroute idéologique : SMIC à 1 400 euros nets, blocage des prix de première nécessité, abrogation de la loi El-Khomri, planification écologique, abrogation des lois contre le séparatisme, "sixième république", retraite à 60 ans pour tous (« avec une attention particulière pour les carrières longues, discontinues et les métiers pénibles »). Objectif également a été fixé de « mettre fin a cours libéral et productiviste de l’Union Européenne et construire un nouveau projet au service de la bifurcation écologique et solidaire ». Bref, le PS, l’ex-énorme parti gouvernemental hégémonique, se range dans la case d’un groupuscule gauchiste anticapitaliste et irresponsable. À 1,7%, c’est son destin !

Quand Olivier Faure avait fait le déménagement de la rue de Solferino à Ivry, pour des raisons financières, il avait argumenté sur le fait qu’il fallait se rapprocher de ses électeurs. Conclusion, les journalistes ne se déplacent même plus à ce siège décidément trop éloigné de la vie parisienne, et maintenant, le premier secrétaire songe à redéménager pour revenir à Paris intra muros. Le problème, c’est qu’il ne peut plus se rapprocher de ses électeurs, ils seront maintenant introuvables.

Quand on parle de Paris, on se dit alors : mais qu’en pense Anne Hidalgo, la stoïque candidate du PS ? Eh bien, rien, et elle a bien insisté, enfin, son entourage : elle n’a pas l’intention d’avoir une seule chose à dire sur le sujet, elle n’a « pas l’intention de sortir de son silence » et préfère « se concentrer sur Paris ». On sait cependant qu’elle n’est pas contente du tout que sa protégée Lamia El Aaraje (ex-députée invalidée) ne soit pas retenue pour l’investiture dans la 15e circonscription de Paris qui sera dévolue à… la militante FI Danielle Simonnet. Se braquer toute la fédération du PS de Paris n’est peut-être pas productif, mais en 2022, combien encore de batillons parisiens dans le parti ? Climat de faillite.

Et cela donne une idée de la nature des accords que négocie FI : en fait de programme, ce parti s’en moque. Si c’était si long, c’était parce qu’il fallait discuter des 577 circonscriptions. En fait, les discussions, qui ont duré deux jours et deux nuits, n’ont porté que sur 70 circonscriptions. Rappelons que le PS est le parti de gauche qui a le plus de députés sortants (28) mais qui a fait le score le plus faible (excepté le NPA quasi-équivalent).

C’est ni plus ni moins de la cuisine électorale, ce qu’il y a de plus nauséeux dans la pratique politique et qui encourage l’abstention. Et c’est là, la contradiction : le principal adversaire de FI, c’est l’abstention. Parce que arrivé en troisième position au premier tour de l’élection présidentielle, le parti de Jean-Luc Mélenchon risque de se retrouver aussi, dans la plupart des circonscriptions, en troisième position. Or, pour atteindre le second tour, en troisième position, il faut au moins 12,5% des inscrits, soit, avec une abstention équivalente à 2017, entre 25% et 30% des suffrages exprimés. Autant dire qu’à l’exception de quelques dizaines de circonscriptions bien ancrées à gauche, l’alliance appelée NUPES : Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale a peu de chance d’arriver au second tour.

Une grande cérémonie d’investiture aura lieu à Aubervilliers le 7 mai 2022, pour acter l’absence de candidat FI dans 100 circonscriptions au profit de EELV (dont 30 gagnables), 70 au profit du PS et 50 au profit du PCF (dont 16 gagnables). Les négociateurs du PS ont estimé que leur parti avait été bien servi au regard des 1,7% de la présidentielle, sans pourtant prendre en compte que le PS est un parti très bien implanté qui a su encore être victorieux dans beaucoup de municipalités en 2020 et de conseils régionaux en 2021. Ces négociateurs du PS ont oublié de comprendre que les 22% de Jean-Luc Mélenchon sont venu d'un vote utile et que le vrai mélenchonisme électoral ne valait que 10% à 12%.

Comme disait Stéphane Le Foll, c’est un leurre d’imaginer un gouvernement Mélenchon, c’est un ballet des Nupes (c’est facile, j’ai déjà lu ce jeu de mots), mais Jean-Luc Mélenchon s’en fiche, son truc, c’était de tuer le PS, qu’il ait capitulé sans condition à ses pieds, et l’avenir de la gauche ne pourra ainsi plus passer par le PS, car il n’existera plus, tout le monde l’a fui, d’une manière ou d’une autre. De là à construire un nouveau mouvement avec plein d’espérance pour les années 2030, on peut légitimement en douter quand on le voit discutailler avec le PCF et NPA, symboles résiduels d’un siècle qui n’en finit plus de se consumer en France…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Olivier Faure, le fossoyeur du PS ?
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !
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