« Une République de l’engagement, celle qui s’adresse à toutes les petites filles de notre pays. C’est donc avec beaucoup d’émotion que je prends la parole après vous, sous l’œil bienveillant de la première femme élue à la Présidence de l’Assemblée Nationale. Ce sont encore deux femmes qui me succéderont à cette tribune. Quel symbole au regard de l’histoire de France et des combats qui nous ont précédés, au regard du mépris et des quolibets qu’ont dû, ici, supporter tant de femmes parlementaires et ministres ! » (Aurore Bergé, le 6 juillet 2022 dans l’hémicycle).




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Et de poursuivre : « Le temps des femmes est venu et c’est historique. Le temps des femmes est venu et il durera. Soyez assurés que nous saurons user de nos nouvelles responsabilités avec bienveillance, mais surtout avec pugnacité. Ce qui nous intéresse, ce n’est pas être les premières, mais de nous inscrire dans le temps long. (…) Nous sommes collectivement dépositaires d’un héritage, la Constitution de la Cinquième République ; moi-même comme l’ensemble des députés de mon groupe y restons fidèles. Fidèles à celui qui l’a inspirée : le Général De Gaulle. Fidèles à ceux qui l’ont fait évoluer : Jacques Chirac, Lionel Jospin, Nicolas Sarkozy. Fidèles au subtil équilibre des pouvoirs prévu par notre texte fondamental : un Président légitime, un gouvernement qui a les moyens d’agir, une Assemblée Nationale ayant la capacité de légiférer en toute liberté. Voilà le cadre commun : non pas le blocage ni l’idée bien peu républicaine que les résultats des élections peuvent être contestés dans la rue, mais cette Cinquième République qui nous fait, qui nous tient et que, dans cette majorité présidentielle, nous voulons faire vivre. ».

Cette femme qui s’adressait ainsi à la Première Ministre Élisabeth Borne, première oratrice dans le débat qui a suivi la déclaration de politique générale du gouvernement le mercredi 6 juillet 2022, c’est Aurore Bergé, députée de Rambouillet, qui, à 35 ans, a obtenu son bâton de maréchal.

Connue pour son ambition dévorante, réélue aux législatives de juin 2022 avec 63,3% face à un candidat de la Nupes, Aurore Bergé a en effet été élue le 22 juin 2022, dès le premier tour, présidente du groupe Renaissance (ex-LREM), avec 88 voix sur 153 (57,5%) contre Guillaume Vuilletet, Rémy Rebeyrotte et Stella Dupont. C’était une première dans l’histoire de la République et dans l’histoire du Parlement, puisqu’il n’y avait encore jamais eu de femme élue à la présidence du premier groupe de l’Assemblée, groupe majoritaire (ici composé de 172 membres et apparentés). Un ministre confiait au journal "Le Parisien" : « Elle tient sa revanche, c’est mérité ! ». Aurore Bergé avait fait une campagne active auprès des députés LREM pour ce scrutin.

Aurore Bergé, élue pour son premier mandat parlementaire en juin 2017 avec 64,8% contre le député sortant Jean-Frédéric Poisson, investi par LR, avait déjà cherché à conquérir la présidence du groupe LREM. Le 9 septembre 2020, elle avait déstabilisé l’ancien Ministre de l’Intérieur Christophe Castaner en le mettant en ballottage, avec 81 voix sur 269 (30,1%) face à Christophe Castaner (35,1%), François de Rugy (21,9%) qui a soutenu Aurore Bergé au second tour et Coralie Dubost (9,7%). Toutefois, Aurore Bergé avait dû s’incliner le lendemain au second tour avec seulement 45,3% mais elle n’avait que 25 voix de retard sur celui qui aurait dû être incontesté. En juin 2022, la situation était un peu différente puisque Christophe Castaner avait été battu aux législatives.

Comme elle l’indiquait en introduction à son discours du 6 juillet 2022, Aurore Bergé n’est pas la seule présidente femme de groupe, car les trois groupes les plus importants de cette législature sont effectivement présidés par une femme : avec Renaissance, les groupes RN et FI sont également présidés par une femme, respectivement Marine Le Pen et Mathilde Panot.

La majorité présidentielle s’est ainsi dotée d’un trio de choc qui va être stratégique pour les cinq prochaines années : Élisabeth Borne, Première Ministre et chef de la majorité, Yaël Braun-Pivet au perchoir et Aurore Bergé, l’exécutante, chef opérationnelle des députés de la majorité.

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Pour Aurore Bergé, c’est l’étape logique dans une carrière qu’elle veut prometteuse. En effet, "animal politique" et grande communicante, elle s’est engagée dans la vie politique très tôt au sein de l’UMP, dès 2002 (elle avait 16 ans) pour répondre à la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Étudiante à l’UNI, elle a travaillé auprès de Roselyne Bachelot députée européenne, qu’elle a retrouvée un peu plus tard ministre et, aux côtés de l’ancien ministre Pierre Moscovici, témoin de son mariage avec un futur député socialiste. Elle, UMP considérée comme à l’aile gauche pour son libéralisme sociétal, a tenté de gravir les échelons électifs.

À la succession du maire historique de Versailles (où elle a vécu) Étienne Pinte, aux élections municipales de mars 2008, Aurore Bergé n’a pas été élue car elle était sur la mauvaise liste, la liste UMP officielle tandis que la liste DVD menée par François de Mazières a gagné la bataille. Elle n’est pas élue non plus aux élections régionales sur la liste de Valérie Pécresse en mars 2010 car trop éloignée des places éligibles.

On s’est beaucoup moqué d’Aurore Bergé sur ses soutiens successifs au sein de l’UMP. Ainsi, en 2007, elle a soutenu Nicolas Sarkozy, éblouie par le dynamisme du futur Président de la République. Elle a été proche de Valérie Pécresse et de Pierre Bédier en raison de son ancrage local : Pierre Bédier était le président du conseil général des Yvelines dans ces années-là (entre 2005 et 2009 et depuis 2014), Valérie Pécresse était présidente de la fédération UMP des Yvelines et était la députée de son lieu d’ancrage. En automne 2012, face à Jean-Pierre Copé (pourtant proche de Pierre Bédier), Aurore Bergé a soutenu François Fillon dans la conquête de la présidence de l’UMP. Néanmoins, en 2013, elle a défendu Nadine Morano et Jean-François Copé, ainsi que Nicolas Sarkozy.

Encouragée par Valérie Pécresse, elle s’est présentée aux élections municipales de Magny-les-Hameaux en mars 2014 (elle s’y est installée l’année précédente) pour mener la liste UMP-UDI, mais a échoué face au maire socialiste sortant (proche de Benoît Hamon) avec seulement 41,8%. Elle fut toutefois élue conseillère municipale et aussi conseillère de l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines. Elle tenta une place éligible sur la liste UMP de la région Île-de-France aux élections européennes de mai 2014 mais n’y est pas parvenue à cause de sa position en faveur du mariage pour tous.

En automne 2014, elle a apporté son soutien à Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP face à …Bruno Le Maire, tandis qu’en 2016, proche de l’ancien Premier Ministre Alain Juppé, elle a soutenu… Nathalie Kosciusko-Morizet à la primaire LR de novembre 2016, NKM qu’elle avait aussi activement soutenue aux élections municipales à Paris en mars 2014. Après la victoire à la primaire de François Fillon, elle l’a soutenu …avant de finalement quitter LR et de rejoindre LREM le 14 février 2017 pour soutenir Emmanuel Macron et en devenir l’une de ses porte-parole officieuses (et très médiatiques).

Après la victoire d’Emmanuel Macron, elle fut logiquement investie aux élections législatives, mais pas dans sa circonscription "naturelle", la 2e des Yvelines, celle de Valérie Pécresse (Jean-Noël Barrot, actuel ministre, y allait être élu député LREM), plutôt dans la 10e des Yvelines, celle de Rambouillet, le fief de Gérard Larcher et aussi l’ancienne circonscription de Christine Boutin. Elle fut alors soutenue par Emmanuel Macron, Nicolas Hulot, Alain Juppé et Erik Orsenna.

En mars 2020, elle a tenté de ravir la municipalité de Rambouillet dans une liste LREM où elle était en 4e place, mais la liste menée par son suppléant s’est retrouvée seulement en troisième position au second tour avec 16,1% et n’a obtenu que trois élus. En revanche, elle a été élue conseillère régionale de l’Île-de-France en juin 2021 en tant que tête de la liste LREM des Yvelines.

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Son credo se résume en quatre mots : libérale, progressiste, féministe et européenne. Depuis cinq ans comme députée, Aurore Bergé n’est pas restée inerte et a beaucoup communiqué, s’est engagée sur beaucoup de sujets, était présente dans de nombreux médias et débats, au point d’agacer même ses camarades de la majorité qui la considèrent comme faisant partie de l’aile droite de LREM (après avoir fait partie de l’aile gauche de LR !).

Ses prises de position claires ont clivé : sur la laïcité (interdiction des voiles pour les parents accompagnateurs de sorties scolaires), sur la PMA, sur l’allongement du délai pour l’IVG, etc. Elle a beaucoup travaillé aussi sur l’audiovisuel public au point de présenter le 4 octobre 2018 quarante propositions pour une nouvelle régulation de l’audiovisuel (dans le cadre de ses travaux au sein de la commission des affaires culturelles et de l’éducation et d’une mission sur la révision de la loi du 30 septembre 1986 dont elle était la rapporteure). Le 17 février 2020, elle a présenté soixante propositions pour promouvoir une politique d’émancipation artistique et culturelle.

Présidente du groupe d’amitié France-Israël depuis mai 2019, Aurore Bergé était régulièrement pressentie comme future membre du gouvernement à chaque remaniement, en particulier en juillet 2020, lors de la formation du gouvernement de Jean Castex, beaucoup de rumeurs indiquaient qu’elle serait nommée secrétaire d’État auprès de Roselyne Bachelot chargée de la réforme de l’audiovisuel, mais la Ministre de la Culture aurait écarté sa nomination.

Ce n’est que partie remise : présidente du groupe politique le plus important d’une Assemblée qui n’a pas de majorité absolue, son poids parlementaire a été considérablement renforcé et son importance politique est désormais du même ordre que celle de celle de Jean-François Copé entre juin 2007 et novembre 2010. D’autant plus qu’en supervisant l’ensemble de la majorité présidentielle, elle ne devient plus la cliveuse mais la rassembleuse.

Aurore Bergé a terminé son discours du 6 juillet 2022 par la ligne directrice de ce que sera le comportement des députés Renaissance : « Nous serons loyaux et fidèles au Président de la République et au projet qui nous a conduits ou reconduits ici. Certains nous diront soumis, mais cela ne nous empêchera pas de réaffirmer notre loyauté et notre fidélité, loin des caricatures. Nous sommes libres de mener nos combats politiques en faveur de nouvelles conquêtes sociales pour les Français. On nous dira affranchis, mais cela ne nous empêchera pas d’engager des actions, ni de faire des propositions, fidèles en cela au mandat que les Français nous ont confié. Nous l’avons déjà fait, sans jamais sombrer dans la démagogie, mais en croyant résolument au rassemblement et au dépassement politique. Les membres du groupe que j’ai désormais l’honneur de présider emprunteront ce chemin de crête, "en même temps" du temps parlementaire, déterminés et sereins. J’en sais l’exigence et la complexité, j’en sais surtout la nécessité, pour que les Français nous jugent utiles, pour eux et pour leurs enfants. Je le répète, ils ont choisi d’élire une Président fort et une Assemblée forte. (…) En 1967, le Président De Gaulle déclarait : "Un jour viendra, sans doute, où notre Constitution avec tout ce qu’elle implique sera devenue comme notre seconde nature". Il nous appartient désormais, par nos sens des responsabilités, par la pratique de notre mandat, de lui donner raison. Car cela correspond à nos convictions et, surtout, au verdict des urnes. ».

Dans cette configuration sans majorité absolue où les négociations pour trouver un compromis pour avancer sur des textes essentiels, la présence massive des femmes dans le jeu parlementaire est sans aucun doute bienvenue et un atout pour les prochaines années qui s’avèrent délicates. Et Aurore Bergé n’aura pas la dernière place dans cet édifice subtil.


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Sylvain Rakotoarison (16 juillet 2022)
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