« Il faut que les Français se rendent compte, et ils vont le faire, que la solidarité sociale n’est pas quelque chose qu’on peut puiser dans un puits sans fond. Ça doit être payé par quelqu’un. » (Jean-Louis Bourlanges, le 11 juillet 2022 sur LCI).




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Elles ne sont pas nombreuses les personnalités politiques en situation de responsabilité qui ont des idées nouvelles, les expriment et les promeuvent avec un écho médiatique efficace, qui alimentent le débat public de manière constructive et sans esprit de posture. Jean-Louis Bourlanges en fait partie. Il était l’invité d’Élizabeth Martichoux dans la matinale de LCI le lundi 11 juillet 2022.

C’est un habitué d’Élizabeth Martichoux. Quand il était son invité le 5 mai 2022, il hésitait encore à se représenter aux législatives après un premier mandat de parlementaire national sur le tard (il a longtemps été député européen). À 75 ans, le haut fonctionnaire se disait trop âgé, ne se voyait pas encore exercer les fonctions de député jusqu’à l’âge de 80 ans (à la fin du mandat), mais "on" a dû vivement l’encourager à rempiler parce qu’il est un esprit indépendant, intelligent, fort et original. Il enrichit la majorité. Successeur de la regrettée Marielle de Sarnez à la présidence de la commission des affaires étrangères, Jean-Louis Bourlanges a aussi rempilé à la tête de cette commission le 30 juin 2022, malgré les candidatures de ses opposants (FI et RN) dans cette commission. Seul, le parti LR lui a laissé la voie libre.

Jean-Louis Bourlanges est un député très utile au Président de la République Emmanuel Macron car il assure deux éléments très positifs : d’une part, il est d’une loyauté totale, ce qui, en ces temps de majorité relative, est très précieux ; d’autre part, son indépendance d’esprit lui permet de sortir des sentiers battus, des directives élyséennes et d’être force de proposition originale et ce titre, il peut au moins enrichir le débat si ce n’est le conduire vers une direction plus sociale.

Plus sociale ? C’est très difficile de qualifier politiquement Jean-Louis Bourlanges, si ce n’est qu’il était originaire de la droite modérée, dans le sens du centre droit. Il a été gaulliste mais aussi proche du CDS (Centre des démocrates sociaux), et à ce titre, pas loin de l’UDF et du MoDem (dont il est maintenant membre), proche de François Bayrou sans lui être totalement allégeant (avant de le "quitter", il était venu au congrès fondateur du MoDem pour lui dire crûment et courageusement qu’il n’était pas d’accord avec sa stratégie !).

L’idée originale et révolutionnaire de Jean-Louis Bourlanges sur le pouvoir d’achat est de rappeler une évidence : le gouvernement ne peut pas durablement donner des "chèques" pour compenser l’inflation dans un certain nombre de secteurs, en particulier ceux de l’énergie, du logement et des transports. D’une part, parce que le budget de l’État n’est pas, comme il le dit, un « puits sans fond », ce qu’on a trop tendance à oublier depuis la politique du "quoi qu’il en coûte" d’accompagnement de la crise sanitaire. D’autre part, parce que ces chèques sont rarement ciblés, ou très difficilement ciblés (au prix parfois d’une usine à gaz).

Certes, à court terme, il faut mettre en place des mesures d’urgence, c’est d’ailleurs l’objet du texte actuellement en discussion au Parlement sur le pouvoir d’achat, mais il faut aussi anticiper pour l’avenir proche et imaginer un mécanisme satisfaisant et durable qui permette d’aider ceux qui ont des revenus très modestes (en juin 2022, l’inflation est à un rythme de 5,8% annuel, c’est énorme), sans augmenter la dette et les déficits (car sinon, ce serait de l’argent qu’on met à crédit qui plomberait les générations futures).

C’est là où le libéral rencontre le social. Jean-Louis Bourlanges reprend ainsi une idée déjà ancienne, il cite Gaspard Koenig (qui voulait se présenter à l’élection présidentielle), mais elle était aussi soutenue par le professeur Jacques Marseille dans les années 2000 à l’époque où Nicolas Sarkozy nourrissait son ambition présidentielle.

Jean-Louis Bourlanges a proposé un revenu universel, c’est-à-dire à tous les Français, inconditionnellement, sans condition de revenus, pauvres ou riches, totalement libre d’en faire ce qu’ils veulent. Et il serait financé par la redistribution, par une hausse de la CGS proportionnelle (donc, totalement finançable). Reste à trouver où mettre le curseur : le montant du revenu universel et sa conséquence en augmentation de la CSG. L’intérêt de le faire financer par la CSG, c’est qu’elle est redevable sur tous les revenus et pas seulement ceux du travail. C’est une sorte d’impôt négatif. Les plus modestes seraient largement gagnants et les plus aisés contribueraient ainsi à cet effort de redistribution.

C’est à la fois libéral, en ce sens où ce revenu n’est pas conditionnel, libre d’être dépensé comme on veut, mais aussi très social puisqu’il s’agit de redistribution. Pour Jean-Louis Bourlanges, il ne s’agirait pas d’une hausse d’impôt ou de taxe puisque ce serait entièrement redistribué (au global, c’est une opération neutre, mais individuellement, certains vont y gagner et d’autres y perdre).

Jaques Marseille avait étudié ce genre de proposition et l’a trouvée beaucoup plus profitable aux personnes ayant des revenus modestes que l’idée simpliste et stupide de "faire payer les riches" (lire la démonstration ici). Jean-Louis Bourlanges reprend ainsi cette idée qui reste révolutionnaire et qui avait été proposée entre autres par Benoît Hamon mais avec une tout autre philosophie (et probablement avec une autre application).

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Les mots de Jean-Louis Bourlanges étaient assez clairs : « Ça ne peut pas être durable. Moi, j’ai mon idée là-dessus. Je suis pour un revenu universel, tel qu’il a été proposé notamment par Gaspard Koenig que je trouve très intéressant, dans lequel on donnerait à tous les Français une somme forfaitaire, du plus riche au plus pauvre, qui bénéficierait évidemment d’abord à ceux qui ont peu d’argent, revenu qui serait financé par un prélèvement proportionnel de la CSG, sur tout le monde. ».

Prenant le langage de la vérité : « Non, ça n’augmenterait pas les impôts car ce serait un effet de redistribution. Il faut savoir ce qu’on veut. Si l’on veut soutenir le pouvoir d’achat, qui est prêt à payer ? S’il s’agit de soutenir le pouvoir d’achat des plus modestes, il faut que ce soit soit ceux qui sont au-dessus, soit la dette et l’augmentation des déficits. Je crois qu’on en a assez avec la dette et les déficits. ».

L’objectif est de soutenir le pouvoir d’achat des plus modestes : « Je crois qu’il faut mettre les gens en face de leurs responsabilités. C’est une idée personnelle. Est-ce que nous voulons aider ou non ? Je crois qu’il faut être très ciblé. Qu’est-ce qui arrive aux gens qui ont des revenus limités ? Ils n’arrivent pas à se chauffer. Ils n’arrivent pas à conduire leur voiture. Soit on baisse le prix de l’essence, et ça fait qu’on augmente potentiellement la consommation de carburant alors que cela contredit nos objectifs climatiques. Donc, il vaut mieux leur donner une somme globale. Avec cette somme, ils font ce qu’ils veulent. Et ils développeront des modes de transports alternatifs s’ils le peuvent. Mais ils auront une sorte de palier, ciblé selon moi sur la transition climatique. ».

L’idée intéressante, c’est de globaliser l’effort de pouvoir d’achat sur le budget des ménages. En effet, en proposant un chèque essence, on contribue à renforcer l’essence au lieu de présenter des solutions alternatives (transports en commun, véhicule électrique etc.). En permettant aux ménages de gérer ce soutien au pouvoir d’achat comme ils l’entendent, librement, leur avantage resterait justement de changer de mode de transport pour éviter d’être impactés encore par la hausse des carburants, tout en gardant l’aide au pouvoir d’achat. C’est donc beaucoup plus incitatif qu’un simple chèque essence (et cela pour un coût identique pour la collectivité).

Autrement dit, il n’y a pas de Père Noël : « Il faut que les Français se rendent compte, et ils vont le faire, que la solidarité sociale n’est pas quelque chose qu’on peut puiser dans un puits sans fond. Ça doit être payé par quelqu’un. Alors, la meilleure façon de la payer, c’est la croissance. C’est là où je suis entièrement d’accord avec l’approche du gouvernement. Il faut créer les conditions de la croissance. Il faut que les gens travaillent plus, travaillent mieux, qu’il y ait beaucoup moins de friction entre le moment où l’on termine ses études… il faut que l’éduction forme mieux… C’est important. Si vous produisez plus, vous pouvez donner plus. ».

La grande différence entre l’idée du revenu universel de Jean-Louis Bourlanges et celle de Jacques Marseille, c’est son financement. Jean-Louis Bourlanges est beaucoup plus prudent : on ne remet pas en cause les prestations sociales, on finance le revenu universel par une hausse de la CSG. Il faudra le réglage le plus juste du curseur pour savoir au-dessus de quels revenus le contribuable sera perdant (c’est la définition d’être riche ou pas, or, le risque, effectivement, c’est que c’est la classe moyenne qui paie). Jacques Marseille, lui, ne s’embarrassait pas de cette notion : il finançait ce revenu universel par la suppression de toutes les autres prestations sociales (sauf celles de l’assurance-maladie), y compris les pensions de retraites reconverties en une retraite complémentaire par capitalisation.

C’est une proposition intéressante, grave, sérieuse, solide et révolutionnaire. Et, pourquoi pas ?, elle pourrait faire l’objet d’un référendum. Après tout, ce n’est pas insensé de demander aux Français s’ils acceptent d’accroître leur solidarité nationale à l’égard des plus modestes et des plus fragiles. L’idée du référendum est de moi, pas de Jean-Louis Bourlanges, et elle a un sens : on ne peut plus imposer aux contribuables d’augmenter les taxes et impôts sans leur consentement (cela conduit à des crises comme celle des gilets jaunes). Mais cela ne doit pas empêcher pour autant d’avancer à aider les plus modestes. J’espère que cette belle idée trouvera sa voie, politique, parlementaire et même référendaire, dans sa réalisation. Révolution, c’était le nom du livre-programme d’Emmanuel Macron en 2017…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 juillet 2022)
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Pour aller plus loin :
L'idée de Jacques Marseille.
Jean-Louis Bourlanges et la capitulation du PS.
Pouvoir d’achat : l’idée révolutionnaire de Jean-Louis Bourlanges.
Jean Faure.
François Bayrou.
Joseph Fontanet.
Marc Sangnier.
Bernard Stasi.
Jean-Louis Borloo.
André Rossinot.
Laurent Hénart.
Hervé Morin.
Olivier Stirn.
Marielle de Sarnez.








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