« Je suis l’homme le plus honnête du monde. » (Patrick Balkany, le 7 septembre 2013 dans "Salut les Terriens" sur Canal+).


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La saga des Balkany n’en finit pas d’étonner l’observateur politique. Mais depuis longtemps, il n’est plus question de politique, plus question même de justice. Juste une histoire balkanycentrée. Pour ceux qui n’étaient pas au courant dans la chaleur de l’été caniculaire, l’ancien député-maire de Levallois-Perret Patrick Balkany a été libéré (j’allais écrire relâché, comme pour un animal qu’on rend à la vie sauvage après quelques soins) de la prison de Fleury-Mérogis ce vendredi 5 août 2022 à 8 heures du matin.

L’homme s’est rendu à sa résidence secondaire de Giverny. Toujours à frimer et à parader, Patrick Balkany s’est contenté de dire que vivre en prison, c’était difficile et que ce n’était pas une vie. Mais ce qui frappait, c’étaient ses cheveux. Il avait l’air d’être de ces anciens chanteurs jeunes des années 1960 devenus septuagénaires sans s’en rendre compte, à continuer à porter des vêtements de jeunes… de l’époque… et laissant toujours pousser leurs longs cheveux (quand ils en ont encore). Ce qui nous a valu la fameuse réflexion philosophique : après six mois de prison, je vais aller chez le coiffeur ! On peine à imaginer qu’il n’y a pas de quoi se faire couper les cheveux en prison, car pour les condamnés à une dizaine d’années, à moins d’être sikhs, ils paraissent quand même un peu entretenus du cuir chevelu.

Mais justement, c’est cela, les Balkany, je mets au pluriel car sa femme est toujours là, toujours associée, toujours à compléter ce couple qu’on pourrait confondre avec des Ceausescu de banlieue, les crimes en moins, ou, pour rester dans la littérature française et dans des comparaisons moins excessives (et moins insignifiantes), avec les Thénardier. Car mine de rien, malgré leur dégradation sociale et politique, ils n’ont plus de mandat, malgré leur déchéance judiciaire, peut-être financière (c’est à voir), les Balkany sont encore une belle mécanique de communication.

À cet égard, Patrick-aux-cheveux-longs me fait penser à un ancien ministre très ambitieux du début des années 1990, Alain Carignon, qui a connu, lui aussi, la prison à partir de 1995 (il est aujourd’hui conseiller municipal d’opposition à Grenoble), qui, recevant en prison beaucoup de lettres de soutien de la part de ce peuple de Grenoble qui a été placé par lui dans différentes postes alimentaires, répondait depuis sa cellule… avec du papier quadrillé d’écolier. Il pouvait pourtant répondre normalement avec des feuilles blanches de format A4, mais le papier quadrillé d’écolier, cela apportait une sorte de promiscuité, de précarité, de proximité, de modestie, d’humilité qui concourait à sa victimisation (alors qu’il avait été condamné définitivement).

Je ne commenterai par les fautes que la justice a reprochées aux Balkany car finalement, ce n’est pas intéressant ni extraordinaire. C’est même assez banal et on se demandait surtout depuis une vingtaine d’années si Guignol se ferait un jour attraper par Gendarme. Incarcéré depuis le 13 septembre 2019 à la Santé, Patrick Balkany avait été libéré de prison le 14 février 2020 et placé sous bracelet électronique mais le 7 février 2022, sur décision de la cour d’appel de Rouen, il fut de nouveau incarcéré, cette fois-ci à Fleury-Mérogis, en raison de son attitude outrancière vis-à-vis de la justice, en particulier, en ne remboursant pas sa dette avec le fisc (de plus de 4 millions d’euros), en se moquant publiquement de la justice, en montrant beaucoup de légèreté avec elle. Cette insolence lui a coûté près de six mois de prison, mais à quelques jours de ses 74 ans (il est né le 16 août), il a été libéré sans bracelet électronique parce qu’il est âgé, qu’il a des problèmes de santé et parce qu’il a commencé enfin à rembourser sa dette fiscale.

Cigare, sourire carnassier, esprit de répartie très aiguisé, bluff, argent, arme, sexisme (il a été de ces députés qui ont sifflé le 17 juillet 2012 la ministre Cécile Duflot parce qu’elle portait une robe à fleurs dans l’hémicycle), réseaux multiples, haines et coquineries, Patrick Balkany a tout de l’homme politique "puant" par ses prétentions, ses médisances, sa cupidité, sa foi en son impunité… À propos de Cécile Duflot, il a précisé le 18 juillet 2012 au cours d’une interview dans "Le Figaro" : « Nous n’avons pas hué ni sifflé Cécile Duflot, nous avons admiré. Tout le monde était étonné de la voir en robe. Elle a manifestement changé de look, et si elle ne veut pas qu’on s’y intéresse, elle peut ne pas changer de look. D’ailleurs, peut-être avait-elle mis cette robe pour ne pas qu’on écoute ce qu’elle avait à dire. (…) Enfin, on peut regarder une femme avec intérêt sans que ce soit du machisme ! ». Cette précision, à mon avis, l’a enfoncé encore plus dans le sexisme le plus stéréotypé, avec cet argument nul de : si elle ne voulait pas être sifflée, elle n’avait qu’à ne pas porter de robe (du genre : elle a été violée mais elle l’a bien cherché avec sa jupe courte).

Sans doute le puant se révélait le mieux dans cette interview accordée le 16 novembre 2005 pour la "Vrai journal" de Canal+ à destination des étrangers : « Nous n’avons pas de misère en France. Il n’y a pas ce que vous appelez les pauvres. Bien sûr, il y a bien quelques sans domicile fixe qui, eux, ont choisi de vivre en marge de la société. ». Et l’impunité probablement lui paraissait aller de soi lorsqu’il ironisait ainsi le 12 juin 2013 dans "L’Express" : « Si on n’investit que ceux qui n’ont pas été condamnés par la justice, on n’a plus de candidats dans les Hauts-de-Seine. ».

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Et pourtant, il y a un côté tellement pitoyable à ce destin qu’il en deviendrait sympathique. C’est tellement gros qu’on le croit naïf avec ses gros sabots, comme un enfant qui n’a pas su résister à mettre les mains dans le pot de confiture, malgré toutes les caméras braquées sur le pot. Levallois-Perret est l’une des communes où il y a le plus de caméras de vidéo-protection, au point que son maire proposait « l’hôtel, comme tout le monde » au lieu de faire l’amour dans un parking sous peine d’être être filmé (le 7 septembre 2013 dans "Salut les Terriens").

Patrick Balkany a fait partie de ces jeunes ambitieux du RPR prêts à conquérir les Hauts-de-Seine (après une vaine tentative de déstabiliser un ministre giscardien important, Jean-Pierre Soisson, à Auxerre avec la bénédiction de Jacques Chirac) : il a conquis la mairie de Levallois-Perret en 1983, en même temps de Patrick Devedjian à Antony et presque en même temps que Nicolas Sarkozy à Neuilly-sur-Seine. Il a été élu député en 1988 et il a gardé ces deux mandats quasiment jusqu’en 2017 et 2020. Il a quitté son mandat de parlementaire en 2017 pour des raisons de cumul, et refusant de soutenir son rival LR perpétuel, il a soutenu la jeune candidate de LREM qui a gagné (Céline Calvez).

J’ai écrit "quasiment" car Olivier de Chazeaux, également de même bord que lui, l’a détrôné à la mairie en 1995 et dans sa circonscription en 1997, cela en raison des premiers déboires judicaires du couple (qui fut même ébranlé dans sa propre existence), mais en 2001 et 2002, le détrôné a reconquis tous ses mandats un à un, avec une capacité de rebondissement étonnante (on le disait alors fini). Sarkozyste, il n’a jamais été nommé ministre ou sous-ministre pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy car ce dernier devait être le premier au courant que cela aurait constitué une erreur politique fondamentale (ce qui confirme la grande lucidité de Nicolas Sarkozy).

Son épouse Isabelle Balkany, de un an son aînée, a repris le canton que le mari avait occupé pendant six mois et qu’il avait quitté pour raison de cumul, et elle est restée conseillère générale des Hauts-de-Seine et vice-présidente du conseil général sans discontinuité d’octobre 1988 à mars 2011, sous l’autorité de Charles Pasqua (puis de Nicolas Sarkozy et de Patrick Devedjian). En 2011, Isabelle Balkany comptait bien déboulonner Patrick Devedjian et lui ravir la présidence du conseil général, mais elle fut battue par le perpétuel opposant dans son propre canton, ce qui soulagea bien des responsables de l’UMP. Lors de la reconquête de la mairie de Levallois-Perret, en mars 2001, elle fut élue première adjointe au maire jusqu’à leur déchéance par la justice le 6 mars 2020, et à ce titre, elle a assuré l’intérim pendant que le maire était en prison. Elle n’a jamais réussi à devenir parlementaire, échouant aux élections sénatoriales de septembre 2011.

Alors que son mari, parce qu’il a été parlementaire entre 1988 et 2017, n’a jamais été décoré en France (les parlementaires n’ont pas le droit d’être décorés au cours de leur mandat), Isabelle, elle, a pu l’être, nommée chevalière de la Légion d’honneur le 30 janvier 2008 par la ministre Michèle Alliot-Marie. Mais elle fut exclue de l’ordre le 23 juin 2021 avec effet au 4 mars 2020 en raison de la confirmation de sa condamnation pour fraude fiscale. Cette exclusion, prononcée par arrêté du grand chancelier de la Légion d’honneur, a été simplement constatée car elle était de droit en raison de la confirmation de la condamnation.

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Dans cet univers impitoyable qui semble être un nouveau Dallas à la française, la différence, c’est que depuis quelques années, il y a quand même une justice qui est passée. On remarque par ailleurs que depuis 2019, le couple Balkany n’a reçu aucun soutien de responsables de LR, leur ancien parti qui les avait soutenu pendant des décennies. En revanche, comme à Grenoble avec Alain Carignon, ils continuent à recevoir des soutiens des habitants de Levallois-Perret qui considèrent qu’ils ont beaucoup œuvré pour leur ville sans prendre en considération que la commune est devenue l’une des plus endettées de France (à force d’attirer des sièges sociaux de grandes entreprises).

Ils pourraient donc mettre à profit ce petit capital de sympathie, non pour un retour en politique (ils ont été condamnés tous les deux aussi à une peine d’inéligibilité de dix ans, ce qui en ferait des octogénaires bien entamés pour leur éventuel retour), mais, pourquoi pas, dans le cadre de création littéraire ou cinématographique. Après tout, leur histoire, très particulière, pourrait valoir de l’or, et en fin de compte, pour Patrick Balkany qui avait joué des petits rôles, au début de sa vie professionnelle, dans deux films, "Soleil noir" de Denys de La Patellière (sorti le 25 novembre 1966), avec Michèle Mercier et Daniel Gélin, et "J’ai tué Raspoutine" de Robert Hossein (sorti le 3 mai 1967), ce ne serait qu’un retour aux sources…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 août 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Patrick Balkany, tête à claques !
Balkany brisé ! Balkany martyrisé ! Mais Balkany libéré !
Patrick Balkany, les Misérables, l’homme providentiel et l’incertitude quantique.
Patrick Balkany en prison.

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