« On envie le comédien, parfois à juste raison, mais il faut aussi le plaindre. C'est un métier dans lequel la peur règne. La peur de ne pas trouver de travail. Vous n'avez rien et c'est une injustice. » (Michel Galabru, "Le Figaro" le 7 octobre 2015).




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Le comédien Michel Galabru est né il y a 100 ans le 27 octobre 1922. C'est l'occasion de revenir sur ce monstre de la comédie française, passionné par Sacha Guitry et Michel Simon au point d'en faire son métier, le théâtre, et qui a souvent été comparé à Jules Raimu, l'acteur fétiche de Marcel Pagnol.

Même nonagénaire, il a continué à tourner au cinéma ou à hanter les planches de théâtre (il est mort dans son sommeil le 4 janvier 2016 à 93 ans, effondré depuis six mois par le départ impromptu de son épouse, renforcé par le deuil de son frère en octobre 2015). Ou même jouait dans les scénettes de "Scènes de ménages" en 2012 et 2013 (bien sûr, il était l'ancien collègue du gendarme à la retraite Raymond, joué par le succulent Gérard Hernandez, à peine plus jeune que Galabru).

Lui-même refusait cet appellation de monstre du cinéma, car, malgré ces centaines de films dans lesquels il jouait (on parle de plus de 300, et troisième acteur français du box-office), il en a vraiment joué peu sur toute la longueur. Pour lui, c'était seulement deux jours de tournage, à l'instar du film "Le Petit Nicolas" où il jouait le rôle du ministre, donc, pas le clou de l'histoire. Les films comme "Le Juge et l'Assassin" de Bertrand Tavernier, aux côtés de Philippe Noiret, étaient donc plutôt rares, ce qui lui a valu le César du meilleur acteur de second rôle.

Il assumait sa participation à des dizaines de navets, et comme Jean Rochefort, il expliquait qu'il fallait bien qu'il s'alimentât. En effet, la peur de ne pas travailler l'a longtemps taraudé, et puis, il aimait cela, et parfois, ses prestations relevaient même le navet, tout comme Louis de Funès. Les deux ont été compères avec notamment la fameuse série (que j'ai toujours trouvée très nanar) du Gendarme de Saint-Tropez dans les années 1960 qui ont esquissé leur popularité.

Louis de Funès racontait : « Un jour de mai 1777, Carlo Goldoni, me voyant pleurer et roter de rage devant le succès de Galabru, me donna une claque, puis me tint à peu près ce langage : "Mon pauvre Funès, il faut dire les choses comme elles sont… Galabru est un rustre ! mais… un rustre de génie. Vous n’y pouvez rien, c’est un géant ! Il entre en scène, le silence absolu se fait dans la salle ; il lève un sourcil, le public éclate de rire, il lève son autre sourcil, l’intensité de rire est triplée, puis le monstre s’empare du texte de l’auteur, il commence de le galabrer de toute sa puissance, et ce galabrage devient une musique en forme de mélodie, puis de concerto. Alors une pluie de dièses entourée de bémols tourbillonne autour de lui puis se transforme en trombe de rires, en gouttes de tendresse et en larmes de joie. Voilà ! mon pauvre petit tout petit de Funès. Regardez-le, il devient tout vert". ».

Ce témoignage irréel (Carlo Goldoni était un auteur dramatique vénitien du XVIIIe siècle) était inclus dans la présentation de la pièce de Pierre Tré-Hardy "Jules et Marcel" jouée encore en 2011 au Théâtre Marigny à Paris, mise en scène par Jean-Pierre Bernard, basée sur la correspondance entre Raimu (joué par Michel Galabru, bien sûr) et Pagnol (joué par Philippe Caubère), avec cette célèbre phrase de Pagnol adressée à Raimu : « Les gens qui ne m'aiment pas disent que je te dois tout et ceux qui ne t'aiment pas disent que tu me dois tout. Il me semble que la vérité est entre ces deux opinions. ». Pourrait-on le dire aussi pour Michel Galabru et Louis de Funès ?

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Dans une interview au journal "Le Figaro" publiée le 7 octobre 2015, l'imposant acteur à la corpulence impressionnante annonçait qu'il n'avait qu'une retraite de 2 500 euros par mois, ce qui était faible pour les dépenses qu'il faisait pour ses petits-enfants. Cela ne l'empêchait pas d'encourager les vocations : « Il faut avoir ça dans le ventre mais il faut aussi qu'ils s'attendent à être confrontés à des difficultés. C'est un métier peu sûr et aléatoire. Si cela ne marche pas, on fait comment ? C'est peut-être la profession où il y a le plus de chômage. Même des vedettes connaissent ces situations. Martine Carol a connu le succès et un jour, elle n'a plus travaillé parce que Bardot est arrivée. Elle s'est suicidée... ».

Ce qui justifiait d'avoir tourné pour des navets : « Ce sont des films qui étaient ce qu'ils étaient. Je les ai faits parce que j'avais besoin de travailler. Je tourne dans ce qu'on me donne. Donnez-moi quelque chose de mieux, je le ferai. Et j'ai eu un César quand on m'a donné un bon rôle. Un critique dans "Le Journal du dimanche" a dit du "Juge et l'Assassin" que "le génie de Bertrand Tavernier était d'avoir été trouver dans le ringard des Gendarmes son assassin". J'ai vu la réalité des choses. Un ringard ! D'ailleurs, quand on est allé tourner "Le Gendarme à Saint-Tropez", je me rappelle de Jean Rochefort qui me disait : "Tu ne vas pas tourner le Gendarme !". Mais le succès populaire est venu de là, et c'est ce qui m'a permis de faire autre chose. ». Pour "Bienvenue chez les Ch'tis", il avait d'abord refusé car il ne voulait pas jouer qu'un seul jour. Finalement, Dany Boon l'a convaincu en doublant son cachet et en trouvant cette réplique devenue "culte", « C'est le Nord ! » (qualifiée de « réplique à la con » par l'intéressé !).

Michel Galabru n'aurait pas voulu laisser comme seule image celle du pitre du cinéma français. Il faisait rire parce qu'il était mauvais et cancre : « Il n'y a pas de cancre heureux, c'est une image folklorique et littéraire ! » qu'a excellemment su d'ailleurs développer un écrivain comme Daniel Pennac dans "Chagrin d'école" (un texte autobiographique sorti le 11 octobre 2007 chez Gallimard), qui a obtenu le prix Renaudot.

À la fin de sa vie, Michel Galabru a peu tourné (encore six films dans les années 2010), mais il a surtout écrit un spectacle où il se mettait en scène (avec l'aide d'Éric Raynaud-Fourton) racontant un peu son histoire, et il avouait que cette idée lui avait été très profitable. La pièce, intitulée justement "Le Cancre", était jouée en 2015 au Théâtre Montmartre-Galabru, que l'acteur a racheté en 1984 pour le restaurer et le faire revivre (l'établissement avait accueilli des prestigieux comédiens comme Pierre Fresnay et Raimu). Au fond, il ressemblait plus à un clown triste qu'à un joyeux luron : « la merveilleuse histoire d'un homme qui a brillamment raté ses études ! ».


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Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2022)
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