« J'aurai toujours un cap, un guide : résister dans les crises, bâtir un pays plus fort, plus juste, un pays qui croit dans le mérite, dans le travail, dans la science, dans la connaissance, dans son école, dans ses services publics. » (Emmanuel Macron, le 26 octobre 2022 sur France 2).



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Le Président de la République Emmanuel Macron a été l'invité de Caroline Roux, une seconde fois en deux semaines, de l'émission politique "L'Événement" intitulée "Les urgences françaises", diffusée en direct sur France 2 ce mercredi 26 octobre 2022 à 20 heures 30. Pour un Président qui boudait France Télévisions depuis des années, il semble avoir rattraper ses absences.

L'intervention d'Emmanuel Macron a été principalement pédagogique, ce qu'avait toujours évité de faire son prédécesseur François Hollande : expliquer sa politique, la mettre en perspective, présenter les enjeux, définir le cap. C'est ce qu'a fait le Président de la République cette soirée, avec succès et sans doute, avec des arguments convaincants pour ceux qui se lèvent tôt le matin pour travailler.

Il y a d'abord la crise, qu'il faut traverser : « On traverse cette crise, et au fond, nous devons passer cette tempête. (…) Et nous allons la passer ensemble. (…) Pour traverser cette tempête, on doit protéger les plus faibles, nos étudiants, les familles les plus modestes, nos entreprises les plus fragiles, aussi notre industrie, on doit pousser ceux qui ont plus de force à encore faire mieux, et puis, on doit aussi garder notre cap qui est d'avoir une France qui est plus forte et plus juste, et donc, de préparer notre avenir qui est le nôtre au XXIe siècle. ».

Emmanuel Macron a insisté sur l'effet de l'inflation : c'est un choc de 85 milliards d'euros. Mais il est réparti diversement : « un peu plus de la moitié a été pris en charge par l'État (...), 40% a été pris par les entreprises, et il y a 5 à 6% qui a été pris par les ménages ». Cela a pour conséquence qu'il y a moins d'inflation que chez nos voisins européens qui subissent en général une inflation à deux chiffres.

Emmanuel Macron a ensuite énuméré toutes les mesures d'accompagnement, d'aide et de protection contre l'inflation votée dans le projet de loi de finances pour 2023.

Pour autant, il s'opposera toujours à bloquer les prix : « Administrer les prix, cela veut dire : on coupe en quelque sorte tous les compteurs de notre économie et on réadministre les prix. Cela va tout désorganiser ; les conséquences seront bien plus grandes. ».

L'important, ce qui faut, c'est que la hausse des prix de l'énergie soit absorbée par les industries sans répercussion sur les prix de leurs produits. Emmanuel Macron veut donc mettre en place un mécanisme pour amortir les augmentations pour l'énergie dans les entreprises (mais aussi dans les collectivités territoriales).

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La stratégie économique du Président n'a pas varié : rembourser la dette, assurer une stratégie de plein emploi et continuer la baisse d'impôts (50 milliards d'euros dans son premier quinquennat) :
« On a un stratégie macroéconomique qui est cohérente (…). C'est d'ailleurs pour ça que nos taux ne s'envolent pas (…). On ne peut pas faire n'importe quoi. C'est pourquoi il faut une stratégie pour rendre notre dépense publique plus efficace, pour faire de vrais choix. Les vrais choix, ce doit être quoi ? Investir sur la santé, sur l'école. ».

Il n'a pas voulu non plus réindexer les salaires sur l'inflation : c'était Pierre Bérégovoy qui a supprimé cette indexation au début des années 1980. Une réindexation ne résoudrait pas le problème, au contraire, ne ferait que l'amplifier : « Si on met toute la chaîne des salaires sur une indexation automatique, qu'est-ce qu'on fait ? On entretient la hausse des prix et on a une boucle prix/salaires. Et on ne l'arrête plus. (…) Alors, nous détruirons des centaines de milliers d'emplois ».

De plus, Emmanuel Macron refuse de décider à la place des entreprises : « Les augmentations de salaire, ce n'est pas l'État qui décide (…). Nous ne sommes pas une économie administrée. ». En revanche, avec le dialogue social, et aussi dans le cadre du Conseil national de la refondation, il faudra discuter du partage de la valeur, entre dividendes et salaires.

Sur la réforme des retraites, l'affaire est assez simple : il manquera 12 à 15 milliards d'euros par an à partir de 2027. Emmanuel Macron est donc absolument convaincu qu'il faut sauver les retraites en leur donnant plus d'oxygène, c'est-à-dire, à partir de 2023, augmenter chaque année de quatre mois l'âge légal de départ à la retraite, soit 65 ans en 2031. Il n'a pas exclu la possibilité de réduire cet âge à 64 ans si sont négociés plus de trimestres cotisés pour une retraite à taux plein.

Le risque de voir les séniors au chômage ? Il a récusé l'argument : « À chaque fois qu'on a fait une réforme des retraites, on a amélioré le taux d'emploi des séniors. ». Et il n'a pas hésité à blâmer le comportement de certains employeurs très satisfaits d'un âge peu élevé de départ à la retraite, ce qui leur permet de les remplacer plus rapidement par des plus jeunes aux rémunérations beaucoup moins élevées.

Emmanuel Macron a rappelé son agenda : jusqu'à la fin de décembre 2022, négociations avec les partenaires sociaux, puis présentation du texte du gouvernement au début de l'année 2023 et examen au Parlement : « Moi, je souhaite que des accords soient trouvés entre la majorité et des formations politiques qui nous permettent d'avoir la majorité à l'Assemblée et au Sénat. ».

L'appel aux députés LR et aux députés centristes du petit groupe LIOT a donc été fait par le Président de la République très clairement, non seulement pour la réforme des retraites, mais aussi la réforme du travail (assurance-chômage), le texte sur l'immigration, et celui sur les énergies renouvelables et le nucléaire. C'est aussi ce qu'a préconisé Nicolas Sarkozy (j'y reviendrai), mais sans succès auprès du groupe LR qui semble complètement arque-bouté dans une opposition systématique pour des considérations électorales de différenciation.

Et Emmanuel Macron en a profité pour exprimer sa grande colère contre les députés de la Nupes, sur leur cynisme et leur désordre : « Oui, c'est compliqué [de réunir une majorité], mais moi, j'ai vu aussi ce qui s'est passé ces derniers jours. (…) J'ai entendu les déclarations triomphalistes de monsieur Mélenchon. "À cinquante voix près, on y était". Mais qui est ce "on" ? L'alliance donc des députés, je pense à leurs électeurs ce soir, socialistes, écologistes, communistes, LFI avec ceux du Rassemblement national. Vous pensez que nos compatriotes qui ont voté pour un député socialiste ou écologiste, ils lui ont demandé de porter une majorité avec des députés du Rassemblement national, ils lui ont demandé de déposer une motion de censure qui, à dessein, a été changée par cette coalition baroque de la Nupes. (…) Ce qui me met en colère, c'est le cynisme et c'est le désordre. C'est ça, ce qui s'est passé. C'est qu'ils ont prouvé une chose, ils n'ont pas de majorité, mais ils ont surtout prouvé quoi ? Qu'ils étaient prêts, socialistes, écologistes, communistes et LFI, à se mettre main dans la main avec le Rassemblement national, alors qu'il y a la guerre en Europe, qu'il y a la crise, qu'il y a le désarroi de tant de familles et qu'il nous faut être aux côtés des Français. ».

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Et Emmanuel Macron de poursuivre avec un argument très porteur : « Ils [Ces députés de la Nupes] ont montré une chose : ils ne sont pas du côté du mérite, de l'ordre, du travail, de la solution, de l'avancée ; ils sont du côté du désordre et du cynisme. Et je vous le dis, ça ne mènera à rien. Parce que ces gens-là ne sauront pas demain gouverner ensemble. Ils se sont tous écriés qu'il fallait faire barrage l'un à l'autre. Nous avons simplement vu que le roi était nu, car ils se sont mutuellement aidés aux élections du printemps dernier. (…) Le gouvernement a raison, avec la majorité relative, à porter le 49 al. 3. Mais il n'y a pas, ni aujourd'hui ni demain, dans notre pays, une majorité alternative, car celle-ci, elle repose sur l'incohérence, l'alliance des extrêmes. ».

Sur les voitures électriques et la fourniture de batteries, Emmanuel Macron veut mettre en place une filière strictement européenne pour ne plus dépendre de l'industrie chinoise : « Maintenant, qu'est-ce qu'on doit faire ? On doit réconcilier le climat, l'industrie qui crée des emplois industriels et la souveraineté énergétique. Le modèle de ce qu'on veut faire sur la voiture, c'est ça. (…) En Européen, on doit réserver les aides (…). Comme les Américains, on doit les réserver aux producteurs européens et à nos solutions. Les Européens sont encore trop naïfs. (…) Je ne crois pas au protectionnisme national, ça ne marche pas ; on est un marché ouvert. Je n'ai jamais cru à l'Europe supermarché ouvert. Je suis pour une Europe qui ait une politique industrielle. Donc oui, on doit protéger notre industrie et réserver les aides aux véhicules faits en Europe. ». L'objectif est de construire 2 millions de véhicules électriques en France. Et de produire des batteries : « Nous, on n'a pas de pétrole, mais on a du lithium ! ». C'est le sens de la souveraineté européenne que le Président français a appelé de ses vœux dès le 26 septembre 2017 dans son fameux discours de la Sorbonne.

Autre sujet de grande angoisse chez les automobilistes, la mise en place des zones à faibles émissions dans les grandes agglomérations, pour renforcer la santé des habitants : « On ne doit laisser personne stigmatisé ou sans solution. (…) C'est une transition qu'il nous faut faire. Il faut la faire en nous respectant les uns les autres. (…) Si on dit : il faut faire tout et tout de suite, et en quelque sorte, il y a des gens qui sont dans le camp du bien et des gens dans le camp du mal, les Français deviennent fous. On a un cap : on doit créer des emplois, aller vers le plein-emploi, on doit produire plus dans notre pays et produire plus de richesses pour financer notre modèle social, on doit protéger et on doit décarboner. C'est possible si on organise la Nation, qu'on se donne des échéances et qu'on investit. Exactement ce qu'on est en train de faire. ». Ainsi, il a évoqué la possibilité de prêter des véhicules propres pour aller dans les agglomérations aux personnes qui n'ont pas les moyens de se doter de ce type de véhicule, quand il n'y a pas de solution alternative de transports en commun.

Sur les déserts médicaux et la saturation des urgences, le Président de la République a décidé de prendre une mesure radicale : « On va faire quelque chose de très simple qu'on a travaillé avec nos députés et notre Ministre de la Santé, notre Première Ministre. Tous les médecins qui arrivent à la retraite, on va leur permettre de prendre la retraite, mais, au premier jour de leur retraite, de pouvoir continuer leur activité et de garder tous les revenus qui sont les leurs pour eux sans payer de cotisation retraite nouvelle. Et donc, de pouvoir accumuler votre retraite à taux plein, quand vous y avez droit, et en plus de ça, vos salaires et vous ne payez plus vos droits après. Donc, c'est un vrai changement de vie. (…) Et à côté de ça, qu'est-ce qu'on va faire aussi ? On va donner plus de responsabilités à nos infirmières, à nos kinés, à nos pharmaciens pharmaciennes, à tous nos paramédicaux, nos psychologues et autres, pour que beaucoup de tâches qui sont faites par nos médecins puissent aller vers ces derniers. (…) Chaque territoire va inventer ses solutions en lui donnant beaucoup plus de liberté et de moyens. ».

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Confronté à la courbe des coups et blessures volontaires, sans cesse en hausse, Emmanuel Macron a reconnu l'état de notre société : « Nous avons une société qui est plus violente, elle l'est sur les réseaux sociaux, elle l'est dans la rue, de plus en plus, dans les manifestations, et elle l'est au quotidien. ». Pour lui, cette violence provient de deux faits : la drogue et son trafic, et les violences faites aux femmes. En particulier, les violences intrafamiliales : « On doit pacifier notre société. (…) C'est un travail d'éducation, c'est un travail sur les réseaux sociaux. Ça veut dire qu'on doit protéger nos enfants de la violence sur les réseaux sociaux, de manière drastique, on va prendre des règles absolues. Ça veut dire qu'on doit arrêter, sur nos réseaux sociaux, d'accepter que la violence anonyme est devenue la règle. Ça veut dire qu'on va continuer d'améliorer, dans les grandes manifestations publiques, les choses pour réduire la violence. Et que derrière, on va continuer d'investir dans notre police, dans notre gendarmerie et dans notre justice. ». En particulier, assouplir les règles par une refonte du code de procédure pénale en y associant les parlementaires. Cet « immense chantier là aussi » est donc l'une des annonces importantes du Président de la République dans cette émission.

Enfin, pour résumer sa philosophie d'action, Emmanuel Macron a synthétisé son but pour la France : « Libérer et protéger continue d'être un cap. Donc tout ce qu'on a fait durant cinq ans, on le consolide. Mais on doit traverser les crises (…). Mais pour faire quoi ? Pour avoir un pays plus fort sur le plan productif, sur le plan scientifique, sur le plan éducatif, afin d'être plus juste et de financer notre modèle social qui est une force. Et c'est ça qui nous permettra d'avoir un pays plus uni et plus apaisé. C'est ça mon cap : une France plus forte pour être plus juste et plus apaisée, et il n'y en aura pas d'autre, matin midi et soir ».

On peut noter que l'expression "matin midi et soir" a été utilisée, avant lui, par son prédécesseur Nicolas Sarkozy à qui il a fait également un clin d'œil lorsqu'il a parlé de défiscaliser les heures supplémentaires, ce qu'avait fait effectivement Nicolas Sarkozy, sans préciser que François Hollande avait supprimé cette mesure à une époque où Emmanuel Macron était son conseiller économie à l'Élysée...

Ce qui ressort de cette émission très pédagogique, c'est qu'Emmanuel Macron a voulu montrer qu'il menait la France du travail, de la souveraineté et du mérite, celle de l'ordre et celle qui amortit le choc de la crise économique, et qu'il est un peu seul dans cette ambitieuse tâche face à des oppositions qui ne font rien de constructif et qui veulent le chaos politique. Le peuple saura juger avec pertinence son action.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (26 octobre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron : climat, industrie et souveraineté ...et colère contre le cynisme de l'ultragauche.
Interview du Président Emmanuel Macron dans "L'Événement" le 26 octobre 2022 sur France 2 (vidéo).
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Le point chaud de la rentrée d’Emmanuel Macron : l’énergie.
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