vendredi 2 août 2019

Michel Déon, le voyageur libre et fidèle

« Personne ne vous demande d’oublier cette différence mais, en acceptant celle des autres, vous faites accepter la vôtre. » (5 mars 1987).Le romancier Michel Déon est né il y a un siècle, le 4 août 1919 à Paris. Il est mort il y a deux ans et demi, à 97 ans, le 28 décembre 2016 à Galway en Irlande. Avoir 20 ans en 1940 pose son existence dans l’histoire dramatique du monde. Au contraire d’autres écrivains, Michel Déon ne fut pas un résistant. Passant son adolescence dans les beaux quartiers de Paris et à Monaco (où son père... [Lire la suite]
mardi 30 juillet 2019

Saint-Exupéry au pays du Petit Prince : "voici une belle promesse de vie"

« Tu auras de la peine. J’aurai l’air d’être mort et ce ne sera pas vrai… (…) Tu comprends. C’est trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps-là. C’est trop lourd. (…) Mais c sera comme une vieille écorce abandonnée. Ce n’est pas triste les vieilles écorces… » (Saint-Exupéry, 1943).Une vieille écorce. Un bout d’ongle, des cheveux coupés… C’était exactement ainsi que j’ai compris ce qu’était le corps sans vie de mon grand-père, lorsque, triste, je suis allé le voir une dernière fois. En redécouvrant le conteur, j’ai retrouvé... [Lire la suite]
mardi 23 juillet 2019

Joseph Kessel : plus long le chemin, plus riches ses promesses

« À leurs yeux, la Sibérie n’était qu’un désert glacé, maudit, et le voyage destiné à l’atteindre une interminable et ridicule entreprise. Moi… moi, dans une espèce de transe, je traversais des continents et des océans inconnus. Plus long le chemin, plus riches ses promesses. Et à son terme, au bout du monde, ces steppes de neige infinie, ces fleuves géants, ces forêts sans fin, ces tribus de l’âge de pierre, et ces cosaques du Baïkal, de l’Amour. Et les chants des forçats. » ("Les Temps sauvages", 1975).En regardant un... [Lire la suite]
samedi 22 juin 2019

Boris Vian, l’humour décalé devant un pianocktail

« Il était peu probable qu’un autre animal poussât la perfidie jusqu’à imiter le cri du chat, appelé d’habitude miaulement par onomatopation. » (Boris Vian, "Blues pour un chat noir").L’écrivain Boris Vian est mort il y a soixante ans, le 23 juin 1959, à Paris. Il n’avait que 39 ans (né le 10 mars 1920) et était pressé, il n’imaginait pas atteindre la quarantaine à cause de sa santé fragile et de ses flirts avec le surmenage. Sa mort soudaine était elle-même étonnante. Malgré beaucoup de réticences, il avait accepté... [Lire la suite]
mardi 11 juin 2019

Anne Frank, mon amie, mon héroïne

« Je suis et j’étais victime d’humeurs qui m’enfonçaient (au figuré, bien sûr) la tête sous l’eau et ne me laissaient voir que l’aspect subjectif des choses, m’empêchant de tenter de réfléchir calmement aux arguments de la partie adverse et d’agir dans le même esprit que celui que j’ai blessé ou chagriné par mon tempérament fougueux. Je me suis réfugiée en moi-même, je n’ai regardé que moi, et toute ma joie, mon ironie et mon chagrin, je les ai décrits dans mon journal sans aucune gêne. Ce journal a pour moi de la valeur car... [Lire la suite]
samedi 1 juin 2019

Michel Serres et son effet sur les filles de petite vertu dans l’Égypte ancienne

« Rien ne se construit, ne se fait, ne s’invente, sinon dans la paix relative, dans une petite poche de paix rare maintenue au milieu de la dévastation universelle produite par la guerre perpétuelle. » ("Les Cinq Sens", éd. Grasset, 1985).Quand France 2 et France Inter avaient proposé au philosophe Michel Serres de venir répondre aux "Questions politiques" diffusées le dimanche 26 mai 2019 (podcast ici), ils cherchaient un invité non politique pour cause d’élections européennes. Ils ne se doutaient pas que ce serait sa... [Lire la suite]
samedi 20 avril 2019

George Steiner, l’universel humaniste de la culture classique

« L’Europe reste le lieu du massacre, de l’incompréhensible, mais aussi des cultures que j’aime. Je lui dois tout, et je veux être là où sont mes morts. Je veux rester à portée de la Shoah, là où je peux parler mes quatre langues. C’est mon grand repos, c’est ma joie, c’est mon plaisir. J’ai appris l’italien après l’anglais, le français et l’allemand, mes trois langues d’enfance. Ma mère commençait une phrase dans une langue et la finissait dans une autre, sans le remarquer. Je n’ai pas eu de langue maternelle, mais,... [Lire la suite]
samedi 13 avril 2019

La seconde adolescence de Maurice Druon

« Messieurs, je vous remercie (…) d’avoir fait chemin à mon audace dès la première occasion où je vous l’ai manifestée, m’octroyant ainsi la très enviable faveur, pour qui cesse d’être un jeune homme, d’accéder à l’état de jeune académicien. Car vous possédez une exquise capacité de prolonger la jeunesse, et votre indulgence vous incite à percevoir, en celui qui se propose à vos suffrages avant d’avoir le demi-siècle atteint, des fraîcheurs que pour sa part il ne distingue plus depuis longtemps. Vous lui faites éprouver des émois... [Lire la suite]
jeudi 4 avril 2019

Maurice Bellet, cruauté et tendresse, dans La Voie

« L’écrit s’en va. S’il trouve des lecteurs, mon vœu est qu’ils y entendent ce qui les éveillera à leur propre parole. » (Maurice Bellet).Cela fait déjà un an que Maurice Bellet, grand penseur chrétien, est mort à l’âge de 94 ans. C’était le 5 avril 2018 et il travaillait encore sur des livres et participait à des rencontres quelques jours auparavant. Probablement parce qu’il a été à la confluence de la philosophie, de la théologie, de la psychanalyse, de la sociologie et même de la poésie, il est "inclassable". La... [Lire la suite]
mercredi 27 mars 2019

Eugène Ionesco, le prince de l’insolite

« Certains critiques m’accusent de défendre un humanisme abstrait, l’homme de nulle part. En réalité, je suis pour l’homme de partout ; pour mon ennemi comme pour mon ami. L’homme de partout est l’homme concret. L’homme abstrait, c’est l’homme des idéologies : l’homme des idéologies n’existe pas. La condition essentielle de l’homme n’est pas sa condition de citoyen, mais sa condition de mortel. Lorsque je parle de la mort, tout le monde me comprend. La mort n’est ni bourgeoise ni socialiste. Ce qui vient du plus profond... [Lire la suite]