« Avec la France des Jours heureux, je vous propose un pacte pour une République nouvelle qui en finira avec le chômage et redonnera son sens au travail. Qui fera des biens communs sa propriété, en commençant par la santé et l’éducation. Qui proclamera que la jeunesse est une grande cause nationale. Etc. » (Programme de Fabien Roussel en 2022).




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Le jeu de mots est facile avec le candidat communiste à l’élection présidentielle Fabien Roussel. Tombé dans la marmite du parti communiste français quand il était petit (ses parents sont communistes et le choix du prénom Fabien procédait bien de la volonté d’honorer le colonel Fabien, résistant communiste, dont la place à Paris est le siège très fonctionnel du PCF.

Fabien Roussel est un nouveau venu de la scène politique nationale depuis cinq ans, et sa détermination à se présenter en candidature autonome de tout autre considération commence à porter ses fruits. Il faut revenir rapidement à son parcours.

Il est un pur produit de PCF comme il sait en faire, un apparatchik : son père était adjoint de Jacques Mellick à Béthune et travaillait pour "L’Humanité", "l’organe" du parti. Journaliste lui-même (cadreur), Fabien Roussel a collaboré avec FR3 Champagne-Ardenne jusqu’en juin 1997 où il a intégré le cabinet ministériel de la sous-ministre communiste Michelle Demessine (Tourisme), adjointe de Martine Aubry à Lille en mars 2001. En octobre 2001, Fabien Roussel a rejoint le député communiste du Nord Alain Bocquet, également président du groupe communiste à l’Assemblée Nationale, comme attaché parlementaire.

Engagé en politique sous l’étiquette du PCF, Fabien Roussel s’est présenté aux cantonales en mars 2004 à Lille, puis aux municipales de mars 2014 et mars 2020, il a été élu conseiller municipal de Saint-Amand-les-Eaux, sur la liste du maire sortant qui n’était autre qu’Alain Bocquet. Candidat aux régionales de décembre 2015, il a vu sa liste battue dès le premier tour aux Hauts-de-France. Pressenti pour mener la liste communiste aux régionales de juin 2021, il a finalement renoncé au profit d’une liste d’union de la gauche dirigée par l’écologiste Karima Delli.

Touché par le cumul des mandats, Alain Bocquet a renoncé à son siège de député en juin 2017 pour privilégier celui de maire et Fabien Roussel s’est présenté dans cette circonscription (20e Nord) en gardant le député sortant comme suppléant, et est élu au second tour avec 64% contre son adversaire FN.

En octobre 2018, au sein du PCF, la motion d’orientation de Fabien Roussel et André Chassaigne, président du groupe communiste à l’Assemblée Nationale, est arrivée en tête, devant celle du secrétaire national sortant Pierre Laurent. Au 38e congrès du PCF, Fabien Roussel a ainsi été élu secrétaire national le 25 novembre 2018, et a profité de cette nouvelle tribune pour soutenir le mouvement des gilets jaunes.

Comme on le voit, la ligne de Fabien Roussel semble être un repli sur les fondamentaux du PCF car l’approche de l’élection présidentielle de 2022 a provoqué un clivage entre ceux qui souhaitaient poursuivre leur soutien à Jean-Luc Mélenchon comme en 2012 et en 2017 et ceux qui souhaitaient reprendre leur liberté et se recompter, chose qui n’a pas été faite depuis quinze ans. La ligne Roussel l’a emporté sur la ligne Buffet. Fabien Roussel a déclaré officiellement sa candidature le 13 mars 2021 et elle fut ratifiée par les adhérents quelques semaines plus tard.

La candidature de Fabien Roussel est donc une nouveauté dans le paysage politique. Et il n’y a aucune raison pour qu’il se retire car Fabien Roussel n’a rien à perdre. En effet, depuis 1995, aucun candidat n’a obtenu au moins 1 million de voix. Les deux dernières participations furent désastreuses : Marie-George Buffet n’a obtenu que 1,9% en 2007 et Robert Hue 3,4% en 2002 (il avait eu 8,6% en 1995). C’est très loin du score historique de Jacques Duclos en 1969 (21,3%) et du score qu’on disait à l’époque désastreux de Georges Marchais en 1981 (15,4%).

Mine de rien, la candidature de Fabien Roussel, avec de faibles moyens, semble "prendre", certes modestement mais pas de manière ridicule. En tout cas, beaucoup moins que celle de l’ancien ministre et clown Arnaud Montebourg qui a finalement déclaré forfait. Malgré sa faible notoriété, Fabien Roussel est maintenant crédité dans les sondages autour de 3%-4%, avec cette humiliation pour Anne Hidalgo de faire jeu égal avec elle, voire de bientôt la dépasser.

Le patron du PCF n’aura, semble-t-il, aucun problème pour collecter les 500 parrainages, car ce parti est localement très structuré et bien implanté. Le risque, plutôt, c’est que Jean-Luc Mélenchon, qui a jusqu’alors toujours bénéficié du soutien du PCF, ne puisse pas atteindre ces 500 parrainages.

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Pourquoi Fabien Roussel commence-t-il à plaire ? Son franc-parler ? Peut-être parce qu’il a supprimé sur ses affiches électorales toute mention du parti communiste français. Le slogan de janvier 2022 est même "Pas besoin d’être communiste pour voter Fabien Roussel", c’est dire.

À bientôt 53 ans (il les aura entre les deux tours), Fabien Roussel a effectivement une personnalité intéressante, car il fait campagne "à l’ancienne", rencontrant les gens, faisant des meetings, suivant son bonhomme de chemin sans se préoccuper des hystéries médiatique du moment et pas du tout impliqué, même involontairement, dans la "primaire populaire".

Mais surtout, il se fait apprécier par la volonté de rester dans la vieille gauche, celle qui ne s’est pas noyée dans une sorte de communautarisme, dans le wokisme, etc. (il faudra cependant bien lire le programme pour en être certain). Il refuse en effet tous les thèmes de campagne à la mode à gauche (et en particulier chez FI), comme tout ce qui est "sociétal", récusant même les slogans anti-police des militants gauchistes (au contraire, il a étonné en manifestant aux côtés des syndicats policiers le 19 mai 2021). Il y a conforté d’ailleurs un clivage interne qu’on retrouvait sur le soutien à Jean-Luc Mélenchon ou à une candidature autonome.

De même, défendant le "droit au blasphème", il a rejeté tout communautarisme, soulignant : « Je pense que les réunions segmentées selon la couleur de sa peau, sa religion ou son sexe, ça divise le combat. ». Il a rendu hommage à "Charlie Hebdo" le 7 janvier 2022, ce qui a, là aussi, troublé une certaine islamo-gauche (dans une candidature locale, le dessinateur Charb l’avait autorisé à utiliser un de ses dessins sur une des affiches). Et toujours en opposition avec les mélenchonistes, Fabien Roussel a redit son attachement à l’énergie nucléaire (« construction de six EPR supplémentaires au minimum »), notamment parce que cette énergie est bon marché et n’émet pas de carbone (ce qui n’est pas nouveau au PCF, il y a toujours eu une forte opposition entre communistes et écologistes sur le nucléaire).

Toutes ces prises de position, en particulier ses positions régaliennes sur la sécurité, très rares à gauche où les candidats sont quasiment tous tombés dans le sociétal ou dans la vacuité, font que Fabien Roussel serait le candidat de gauche préféré de la droite selon certains éditorialistes !

Il a réussi à surmonter son déficit de notoriété par un déclaration qui n’est pas passée inaperçue, prononcée le dimanche 9 janvier 2022 : « Un bon vin, une bonne viande, un bon fromage : c’est la gastronomie française. Le meilleur moyen de la défendre, c’est de permettre aux Français d’y avoir accès. ».

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Ces propos (qui font penser à l’apéro saucisson pinard d’une certaine droite) ont créé la polémique chez les écologistes et les militants végans, mais ces militants l’ont plutôt rendu sympathique car il montre un homme simple, qui ne s’ennuie pas par de considérations tordues et qui reconnaît apprécier les bons côtés de la vie. Il pourrait être la surprise à gauche de la présidentielle, siphonner les voix de Jean-Luc Mélenchon.

Son programme, Fabien Roussel l’a titré "La France des Jours heureux", ce qui est une expression reprise à Emmanuel Macron au cours d’une allocution télévisée lors de la première vague de covid-19 le 13 avril 2020. Écrit en illisible inclusif, il contient 180 points répartis sur 67 pages !

C’est donc long et compliqué à lire, mais peut-être que la plus importante proposition est au fond en contradiction avec le principe même de la candidature de Fabien Roussel : « Le Président de la République n’aura plus qu’un rôle de représentation de la nation et, pour en finir avec sa prééminence, son élection au suffrage universel sera supprimée. ». C’est assez étrange de se dire démocrate et de refuser l’élection du Président de la République par le peuple, d’autant plus que le texte, à mon sens, contient une erreur de rédaction, cela voulait dire : « son élection au suffrage universel direct sera supprimée », car même les Présidents de la Troisième et Quatrième Républiques étaient élus au suffrage universel, mais indirect, par les parlementaires eux-mêmes dépositaires du suffrage universel.

Mais au-delà du fond et de la signification de la démocratie, c’est bien un autre point qui est remis en cause avec cette proposition (numéro132), et qui se retrouve dans beaucoup d’autres propositions : son réalisme. L’élection présidentielle est l’élection reine en France, et personne n’acceptera qu’on leur vole ce rendez-vous si important. Fabien Roussel lui-même a admis que sa candidature avait pour objectif une meilleure visibilité politique du PCF (on voit qu’avec cette philosophie, l’union de la gauche est bel et bien un leurre).

Toujours dans la rubrique réalisme, la proposition 29, qui a le mérite d’être en totale contradiction avec les programmes de réduction des effectifs d’autres concurrents : « Il sera créé 500 000 emplois dans la fonction publique et les services publics. ».

D’autres propositions indiquent des réalisations déjà faites par le gouvernement actuel, comme la numéro 23, qui redécouvre le réseau France Services : « L’aménagement du territoire permettra que l’usager trouve, près de chez lui, un bouquet de services publics de proximité. Ceux-ci répondront aux besoins de la vie quotidienne, avec des horaires adaptés aux attentes de chacune et de chacun. Il sera reconnu aux élus locaux et nationaux un pouvoir de contrôle et d’analyse de la couverture des besoins de la population par les services publics. ».

En fait, dans ce petit jeu présidentiel-ci, l’enjeu n’est évidemment pas l’élection présidentielle elle-même ; il est les élections législatives. Actuellement, il y a deux groupes, un mélenchoniste et un communiste. L’objectif est la survie au moins d’un groupe, avec une domination du PCF. Cette année est donc un baroud d’honneur du parti communiste français. Reste à savoir si c’est le dernier.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Fabien Roussel.
Programme 2022 du candidat Fabien Roussel.
Robert Hue.

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