« Puisse votre souvenir affermir en chacun de nous le courage de servir nos engagements. » (Nicolas Sarkozy, le 25 janvier 2012 à Varces).


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Ces quelques mots, Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, les avait prononcés à Varces, près de Grenoble, le 25 janvier 2012 pour rendre hommage aux quatre soldats français tués la veille en Afghanistan. Ce ne fut hélas pas la première fois ni la dernière que la France rendait hommage à ses soldats tués sur le front. Ce mardi 14 mai 2019 à 11 heures dans la cour d’honneur des Invalides, le Président Emmanuel Macron va prononcer un discours peu éloigné pour rendre hommage aux deux officiers mariniers qui sont tombés lors d’une opération de sauvetage de deux otages français dans la nuit du 9 au 10 mai 2019.

Les maîtres Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello ont hélas perdu la vie dans une opération visant à sauver des otages français. Ces militaires de la marine, issus du prestigieux Commando d'action sous-marine Hubert, qui a participé notamment à l’Opération Serval au Mali en 2013, sont en quelques sortes comme des pompiers, ou même, comme des sauveteurs de haute montagne quand des skieurs font du hors-piste. Ils sont prêts à mettre en danger leur propre vie pour sauver celles des autres. Il n’y a pas plus haut don.

Deux touristes français qui visitaient le parc national de la Pendjari, dans le nord-ouest du Bénin, avaient été enlevés le 1er mai 2019. Leur guide béninois, Fiacre Gbédji, a été retrouvé, trois jours plus tard, tué par les ravisseurs jihadistes, qui ont été localisés le 7 mai 2019 par l’armée française au nord du Burkina Faso, apparemment en route vers le Mali. Ce fut dans la nuit du 9 au 10 mai 2019, près de la ville de Gorom-Gorom, que les conditions ont permis à un commando des forces spéciales (la Task Force Sabre), soutenu par l’armée burkinabaise, l’armée béninoise et le service de renseignements américains, d’attaquer les ravisseurs.

Le bilan est lourd puisque deux soldats français en sont morts, ainsi que quatre des six ravisseurs jidahistes (les deux autres ont pu s’enfuir). L’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine française, a exprimé son admiration le 10 mai 2019 : « J’admire leur courage, je partage la peine de leurs familles et de leurs proches. ».

Le maître Cédric de Pierrepont, né le 17 juillet 1986 à Ploemeur, est entré dans la Marine nationale en 2004 (quinze ans de service). Il est devenu fusilier marin en 2005. Devenu fusilier marin commando et nageur de combat, il intégra le Commando Hubert en août 2012 dont il fut un chef de groupe commando à partir d’avril 2018. Il a participé à plusieurs opérations extérieures, en particulier en Méditerranée, au Levant et au Sahel où il fut affecté le 30 mars 2019.

Le maître Alain Bertoncello, né en 1991, est entré dans la Marine nationale en février 2011 (huit ans de service). Il est devenu fusilier marin commando en 2012, et fut affecté au Commando Hubert en juillet 2017. Il fut affecté aux Seychelles (protection des thoniers), au Qatar, au Levant et au Sahel, où il fut déployé à partir du 30 mars 2019.

Non seulement les deux otages français ont été libérés et sauvés, mais deux autres otages également, une Sud-Coréenne et une Américaine, deux membres d’une organisation non gouvernementale qui avaient été enlevés le 12 avril 2019, dont les pays respectifs n’avaient pas identifié leur présence en ces lieux. Ces quatre otages ont été accueillis à la base aérienne de Villacoublay dans l’après-midi du 11 mai 2019 par le Président Emmanuel Macron, le Ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, la Ministre des Armées Florence Parly et le chef d’état-major des armées François Lecointre. Ces deux derniers responsables avaient tenu une conférence de presse le 10 mai 2019.

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Il est utile de rappeler que la France est un grand État qui n’abandonne pas ses ressortissants même lorsqu’ils sont en difficulté, surtout lorsqu’ils sont en difficulté. Peu de pays seraient prêts à risquer la vie de leurs troupes pour faire ce genre d’opération extérieure. Florence Parly a ainsi tenu à insister sur la détermination du gouvernement français : « La lutte contre le terrorisme et la protection de nos concitoyens ont toujours été, sont et resteront la boussole de nos armées et de nos militaires. Les terroristes qui s’attaquent à la France et aux François doivent savoir que nous ne ménagerons aucun effort pour les traquer et les combattre. Cette opération illustre avec gravité l’extrême détermination avec laquelle nos forces armées sont engagées dans ce combat sans merci. » (10 mai 2019).

C’est donc utile d’avoir sans cesse à l’esprit cette capacité à rompre les fatalités terroristes avant de vouer aux gémonies l’État et le gouvernement français, quel qu’il soit, bien tranquillement installé dans son fauteuil chez soi en France, pendant que d’autres protègent avec bravoure la vie de leurs compatriotes. Des hommes courageux, qui ont fait vocation de protéger les autres, de les sauver, comme ce fut le cas du colonel Arnaud Beltrame, constituent les armées françaises pour éviter le pire, pour préserver du malheur : « L’engagement et le sacrifice du maître Cédric de Pierrepont et du maître Alain Bertoncello nous dépasse tous. Toute la Nation s’incline aujourd’hui devant leur courage, reconnaissante et fière de ses héros qui ont donné leur vie pour sauver celle des autres. » (Florence Parly).

Mais ces actes d’héroïsme ne doivent pas masquer ce que le Ministre des Affaires étrangères a rappelé le 11 mai 2019, à savoir que les recommandations du Quai d’Orsay sur les pays ou zones à risque doivent être respectées pour la sécurité des Français. La région qu’ont visitée les deux touristes français était proche d'une zone rouge : « Il est rappelé que la zone frontalière du parc de la Pendjari, ainsi que la totalité du parc du W sont formellement déconseillées. Une large part du parc de la Pendjari et une importante zone du nord du Bénin sont déconseillés sauf raison impérative. Ce niveau de vigilance est incompatible avec les activités touristiques. » (Site du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères).

Ainsi, une polémique semble naître sur la responsabilité indirecte des deux touristes français dans la mort de leur guide et des deux soldats en mission de sauvetage pour les libérer, parce qu’ils n’ont pas agi selon les consignes du gouvernement français. Cette question a le droit d’être posée même si elle peut remettre en cause l’un des principes constitutionnels les plus importants, celui de la liberté (ici de circulation).

La liberté ne peut se concevoir sans un minimum de responsabilité, et la responsabilité aurait été d’éviter les zones à grand risque. C’est une réflexion qui pose aussi des problèmes économiques, car le tourisme est aussi l’un des moyens de faire sortir une région pauvre du contrôle de bandes terroristes. Cette réflexion peut être menée, au même titre que la responsabilité de skieurs hors-piste en difficulté et nécessitant des secours parfois très onéreux (en argent, mais aussi parfois en vie humaine). Toutefois, il ne serait pas constructif ni pertinent de s’en prendre personnellement aux deux touristes français qui viennent d’être libérés et qui ont besoin, eux aussi, malgré leur imprudence, du soutien et de la solidarité de leurs compatriotes.

Pour l’heure, c’est aux familles et proches des deux soldats morts au combat que je pense. Que ces personnes endeuillées trouvent dans cet acte de courage et d’héroïsme fierté du devoir accompli, même si rien hélas ne réparera leur cruelle absence. Je pense aussi à la famille et aux proches de Fiacre Gbédji, père de cinq enfants, dont la vie n’a semblé tellement rien valoir aux yeux des terroristes qu’ils l’ont lâchement et sauvagement assassiné au moment de l’enlèvement.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 mai 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bénin : le courage et le sacrifice de deux vies pour en sauver d’autres.
Niger : le prix d’un message.
N’oublions pas le sacrifice du colonel Arnaud Beltrame !
Nos soldats à Beyrouth, il y a trente-cinq ans…
Hommage des quatre soldats tués le 24 janvier 2012 en Afghanistan.
Ils ne sont pas des numéros.
Chasseurs alpins en Afghanistan.

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