« Demandons pardon (…) pour tous les abus commis dans différents types d’institutions dirigées par des religieux et par des religieuses, et par d’autres membres de l’Église. Et demandons pardon pour les cas d’exploitation par le travail auquel de nombreux mineurs ont été soumis. » (Pape François, le 26 août 2018 à Dublin).



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À l’issue de quatre journées de rencontres au Vatican avec les épiscopats de tous les pays et les victimes d’abus sexuels dans l’Église, le pape François a fait le 24 février 2019 des propositions concrètes pour lutter efficacement contre la pédophilie, tant dans le signalement et la sanction des clercs susceptibles d’être coupables d’abus sexuels que dans la gestion de ces affaires par l’Église elle-même : plus question de garder le silence.

C’était une nouvelle étape dans le combat qui doit placer l’Église aux côtés des victimes et pas aux côtés des bourreaux. Le pape François avait franchi une précédente étape très importante en août 2018 à l’occasion de son voyage apostolique en Irlande. L’Église est très contestée dans ce pays à cause de faits particulièrement sordides, notamment des filles-mères abusées sexuellement dont on aurait séparé les bébés devenus orphelins.

Avant cette visite, le pape François a publié le 20 août 2018 du Vatican une "Lettre du pape François au Peuple de Dieu", après avoir "fait démissionner", le 27 juillet 2018, le vieux cardinal américain Theodore MacCarrick (88 ans), ancien archevêque de Washington du 21 novembre 2000 au 16 mai 2006, qui a été accusé d’abus sexuels sur des mineurs alors qu’il était prêtre à New York en 1973, ainsi que sur des jeunes hommes séminaristes (une enquête canonique ordonnée le 6 octobre 2018 a abouti à sa culpabilité, ce qui l’a fait exclure définitivement de l’Église le 15 février 2019).

Dans cette lettre aux humains, le pape s’est exprimé sur les nombreux abus sexuels commis par des membres de l’Église catholique et par le fait que leur hiérarchie, sans forcément les couvrir, a eu peu d’empressement pour signaler ces affaires à la justice et pour s’occuper des victimes : « Considérant le passé, ce que l’on peut faire pour demander pardon et réparation du dommage causé ne sera jamais suffisant. Considérant l’avenir, rien ne doit être négligé pour promouvoir une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas, mais encore que celles-ci ne puissent trouver de terrains propices pour être dissimulées et perpétuées. La douleur des victimes et de leurs familles est aussi notre douleur ; pour cette raison, il est urgent de réaffirmer une fois encore notre engagement pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables. ».

Je souligne cette phrase très forte : « La douleur des victimes et de leurs familles est aussi notre douleur. ». Un peu plus tard, elle fait écho avec cette phrase : « Nous avons négligé et abandonné les petits. ». La première phrase reprend cette fameuse phrase de la Bible : « Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. » (Évangile selon saint Matthieu, 25,40).

Le regret de n’avoir pas été à la hauteur lors de ces tragédies : « La douleur de ces victimes est une plainte qui monte vers le ciel, qui pénètre jusqu’à l’âme et qui, durant trop longtemps, a été ignorée, silencieuse ou passé sous silence. Mais leur cri a été plus fort que toutes les mesures qui ont entendu le réprimer ou bien qui, en même temps, prétendaient le faire cesser en prenant des décisions qui en augmentaient la gravité jusqu’à tomber dans la complicité. (...) Avec honte et repentir, en tant que communauté ecclésiale, nous reconnaissons que nous n’avons pas su être là où nous le devions, que nous n’avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l’ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies. Nous avons négligé et abandonné les petits. ».

Les mots du pape sont forts, durs, cruellement lucides.

Pour lui, il faut que l’Église réagisse fermement et promptement : « L’ampleur et la gravité des faits exigent que nous réagissions de manière globale et communautaire. (...) Cette solidarité à son tour exige de nous que nous dénoncions tout ce qui met en péril l’intégrité de toute personne. Solidarité qui demande de lutter contre tout type de corruption, spécialement la corruption spirituelle, "car il s’agit d’un aveuglement confortable et autosuffisant où tout finit par sembler licite : la tromperie, la calomnie, l’égoïsme et d’autres formes subtiles d’autoréférentialité, puisque ‘Satan lui-même se déguise en ange de lumière’ (2Co 11,14)". (...) Il est essentiel que, comme Église, nous puissions reconnaître et condamner avec douleur et honte les atrocités commises par des personnes consacrées, par des membres du clergé, mais aussi par tous ceux qui ont la mission de veiller sur les plus vulnérables et de les protéger. Demandons pardon pour nos propres péchés et pour ceux des autres. La conscience du péché nous aide à reconnaître les erreurs, les méfaits et les blessures générés dans le passé et nous donne de nous ouvrir et de nous engager davantage pour le présent sur le chemin d’une conversion renouvelée. ».

Le voyage du pape François à Dublin a duré deux jours et avait pour but sa présence à la IXe Rencontre mondiale des Familles les 25 et 26 août 2018. Ce voyage était l’occasion habituelle pour le pape de prendre la parole à de nombreuses reprises. Il a abordé le scandale des abus sexuels dans l’Église à trois reprises.

La première fois lors de son grand discours au château de Dublin le 25 août 2018 : « L’échec des autorités ecclésiastiques, évêques, supérieurs religieux, prêtres et autres, pour affronter de manière adéquate ces crimes ignobles a justement suscité l’indignation et reste une cause de souffrance et de honte pour la communauté catholique. Moi-même je partage ces sentiments. ».

Faisant référence à sa "Lettre au Peuple de Dieu" (du 20 août 2018), il a ainsi poursuivi, insistant sur la protection des enfants : « J’ai rappelé l’engagement, mieux, un plus grand engagement pour éliminer ce fléau dans l’Église, quel qu’en soit le prix, moral et de souffrances. Chaque enfant est en effet un don précieux de Dieu à préserver, à encourager pour qu’il développe ses dons et à conduire à la maturité spirituelle et à la plénitude humaine. (…) Je souhaite que la gravité des scandales des abus, qui ont fait émerger les défaillances de beaucoup, serve à souligner l’importance de la protection des mineurs et des adultes vulnérables de la part de toute la société. En ce sens, nous sommes tous conscients de l’urgente nécessité d’offrir aux jeunes un sage accompagnement et des valeurs saines pour leur parcours de croissance. ».

La deuxième occasion où le pape s’est exprimé sur ce même sujet, ce fut lors de la célébration de la grande messe à Phoenix Park, à Dublin, le dimanche 26 août 2018. Au cours de l’acte pénitentiel, le pape François a demandé pardon pour toutes les atrocités que l’Église a laissé commettre.

Ses paroles étaient très fortes, même si pas suffisantes : « Demandons pardon pour les abus en Irlande, abus de pouvoir et de conscience, abus sexuels de la part de membres qualifiés de l’Église. (…) Demandons pardon pour les fois où, comme Église, nous n’avons pas offert aux victimes de toutes sortes d’abus, compassion, recherche de justice et de vérité, avec des actions concrètes. Demandons pardon. Demandons pardon pour certains membres de la hiérarchie qui n’ont pas pris en charge ces situations douloureuses et qui sont restés en silence. Demandons pardon. (...) Que le Seigneur maintienne et fasse grandir cet état de honte et de repentir, et qu’il nous donne la force de nous engager afin que plus jamais ne se produisent ces choses, et pour que justice soit faite. ».

Cela a eu le mérite d’être très clair. L’Église veut toute la lumière sur les abus qui ont été commis par ses membres et veut s’occuper avant tout de leurs victimes.

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Enfin, la troisième occasion a eu lieu lors du retour du pape vers Rome, le 26 août 2018 au soir, dans l’avion, au cours d’une conférence de presse avec les journalistes qui l’accompagnaient et qui l’ont beaucoup interrogé sur le sujet.

Le pape François a notamment répondu à Cécile Chambraud, du journal "Le Monde", qui lui a posé la question du (à l’époque futur) procès de Mgr Barbarin.

Après avoir rappelé la prudence et la présomption d’innocence ("Nemo malus nisi probetur", nul n’est coupable jusqu’à preuve du contraire), citant un exemple de fausse accusation à Grenade en 2015 où plusieurs prêtres injustement dénoncés de pédophilie furent innocentés par la justice civile, le pape lui a répondu que l’essentiel, pour les victimes ou les témoins, c’était d’en parler le plus possible autour d’eux : « Quand on voit quelque chose, parler immédiatement. (...) Et parler avec les personnes adaptées, parler avec celles qui peuvent initier un jugement, au moins l’enquête préalable. Parler avec le juge ou avec l’évêque, ou si le curé est un bon curé, parler avec le curé. C’est la première chose que peut faire le peuple de Dieu. Il ne faut pas couvrir ces choses, il ne faut pas les couvrir. ».

Comme on le voit, le pape François a toujours eu à cœur de traiter ce très grave problème, grave par la nature abominable des actes commis, mais aussi grave car c’est l’institution elle-même qui est mise sur le banc des accusés pour avoir sinon couvert, du moins fermé les yeux sur des pratiques particulièrement horribles et scandaleuses.

De toute façon, depuis plusieurs années, les scandales éclatent dans de nombreux pays, ce sont des milliers de victimes de membres de l’Église qui commencent à témoigner, à dénoncer, à accuser. Le pape avait peu d’autre choix. Il n’était plus possible d’éviter les scandales puisqu’ils plombent aujourd’hui tout discours provenant de l’Église catholique. Il a donc eu raison de prendre le taureau par les cornes, de revenir aux fondamentaux : soutien aux plus faibles, et de laver son linge sale …désormais en public.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours du pape François le 24 février 2019 au Vatican (texte intégral).
La protection des mineurs dans l’Église.
Mgr Barbarin : une condamnation qui remet les pendules à l’heure.
Pédophilie dans l’Église : le pape François pour la tolérance zéro.
Document : rapport "Lutter contre la pédophilie" de l'épiscopat français publié en octobre 2018 (à télécharger).
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.
Les étiquettes.
Le pape François demande pardon pour les abus sexuels dans l’Église.
Maurice Bellet.
Sœur Emmanuelle : respecter et aimer.
La "peur" de saint Jean-Paul II.
La canonisation de Jean-Paul II et de Jean XXIII.
La canonisation de Paul VI et de Mgr Romero.
Paul VI.
Mgr Oscar Romero.
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Concile Vatican II.
Saint Nicolas II.
Barbe Acarie.
Divine douceur.
Le plus dur est passé.
Le début de la révolution luthérienne.
Saint François de Sales.
Le pape Formose.
Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Benoît XVI.
Les saints enfants de Fatima.
La révocation de l’Édit de Nantes.
La laïcité française depuis 1905.

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https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/la-demande-de-pardon-papale-pour-213330

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