« La France est une nation qui n’abandonne jamais ses enfants quelles que soient les circonstances et fussent à l’autre bout de la planète. Ceux qui attaquent un Français doivent savoir que jamais notre pays ne plie, que toujours ils trouveront notre armée, ces unités d’élite, nos alliés, sur leur chemin. » (Emmanuel Macron, le 14 mai 2019 aux Invalides, à Paris).


_yartiInvalides2019051401

L’engagement, dans la nuit du 9 au 10 mai 2019, du (prestigieux) Commando d’action sous-marine Hubert a été consécutif à l’enlèvement de deux touristes français le 1er mai 2019 au Bénin et à l’assassinat sauvage de leur guide béninois Fiacre Gbédji. Ce fut une mission réussie, en ce sens que les otages, quatre, les deux Français et deux femmes également retrouvés, une Sud-coréenne et une Américaine, ont été libérés sains et saufs. Mais le bilan fut lourd avec deux soldats tués, les deux premiers qui ont participé à l’assaut contre les ravisseurs.

Cédric de Pierrepont et Alain Bettoncello sont morts en héros, par cet acte de « bravoure inouïe », par cet acte de courage volontaire de vouloir sauver ces vies : « Ils étaient morts en héros, pour la France, morts en héros parce que pour eux, rien n’est plus important que la mission, rien de plus précieux que la vie des otages. ». Une vocation plus qu’un métier : « La mort ne vous faisait pas peur parce que vous aviez ancré en vous, dans le mystère insondable de vos âmes, la volonté de servir les autres, y compris au prix de votre propre vie. Parce que vous aviez fait le choix intime de consacrer cette existence à une cause plus grande que vous, celle de la France, celle de la liberté. Parce que affronter le feu de l’ennemi comme un seul homme est l’ultime valeur du soldat. Surgis du ventre de la nuit, ils sont porteurs des foudres de Neptune. Ce sont les mots que de génération en génération, les membres de votre unité se transmettent avant d’engager le combat. ».

_yartiInvalides2019051402

Le mardi 14 mai 2019 entre 11 heures et 12 heurs, la France a honoré leur mémoire et leur bravoure dans la cour d’honneur des Invalides, à Paris (vidéo ici), en présence des la famille, de leurs camarades (qui était cagoulés pour protéger leur identité), et des principaux personnages de la République, en particulier le Président de la République Emmanuel Macron, qui a présidé la cérémonie, le Premier Ministre Édouard Philippe, le Président du Sénat Gérard Larcher, le Président de l’Assemblée Nationale Richard Ferrand, les anciens Présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande, tous les ministres (dont Florence Parly, Bruno Le Maire, François de Rugy, etc.), les anciens Premiers Ministres (dont Jean-Marc Ayrault), et la majeure partie des responsables de la classe politique (dont François Bayrou, Laurent Wauquiez, etc.). Notons toutefois l’absence remarquée de Marine Le Pen qui a préféré continuer sa campagne électorale à Tallinn, en Estonie, notamment en se faisant photographier avec un jeune extrémiste, à venir humblement honorer la mémoire de nos deux soldats. Les électeurs seront juges de la manière dont le sentiment national s’exprime.

Les polémiques du week-end passé, peut-être amplifiées par les réseaux sociaux, n’avaient pas de raison d’êntre. Un corps d’élite ne cherche pas à savoir si tel ou tel Français était dans une zone rouge, orange ou jaune (ici orange). Si tel ou tel Français était à sauver ou pas. Lorsqu’il est en danger,quelque part dans le monde, quel qu’il soit, aussi imprudent soit-il (et il semble qu’il n’y a pas eu d’imprudence ici), la France va le chercher parce que, comme l’a rappelé Emmanuel Macron, la France n’abandonne jamais les siens.

_yartiInvalides2019051404

Le discours d’Emmanuel Macron (dont on peut lire le texte intégral ici) a correspondu à ce moment d’intense émotion que l’ensemble des Français a partagé. Il sera d’ailleurs probablement l’un des meilleurs de ce quinquennat car il a trouvé les mots justes pour exprimer ce que la nation doit à nos militaires : « Vous qui vous êtes entraînés ensemble, vous qui avez combattu ensemble, vous que la mort à jamais a unis. Voyez la Nation rassemblée dans cette cour des Invalides pour rendre l’hommage que vous méritez. ». Ceux qui critiquent le principe même de ce discours, soupçonnant Emmanuel Macron, par un antimacronisme mal placé, de récupération, n’ont rien compris au peuple ni aux institutions de la nation. Il est d’abord le Président de tous les Français, le chef de l’État et aussi le chef des armées.

Heureusement que le Président de la République, au nom de tous les Français, a rendu hommage aux deux soldats morts en mission. Heureusement qu’il a pu se faire le porte-parole de la reconnaissance de toute la France pour un "sacrifice" qui n’était pas seulement parmi les risques du métier mais qui était un véritable don à la nation. Honte à ceux qui font de la petite politique politicienne en ces moments de communion intense lors d’un drame national ! D’ailleurs, le peuple français était bien présent à cette cérémonie, remplissant le Pont Alexandre III et occupant l’Esplanade des Invalides pour suivre la retransmission en écran géant.

Cela fait sens de retrouver la communauté nationale réunie autour de ses institutions, et l’une des premières, c’est son armée, car sans l’armée, l’indépendance et la survie du pays seraient en danger. Cela montre d’ailleurs que la France a conservé pleinement sa souveraineté. Ces cérémonies, hélas, se sont multipliées depuis plus de dix ans. Quatre-vingt-dix soldats français tués en Afghanistan, vingt-huit soldats français tués au Sahel. Auparavant, les hommages étaient plus furtifs, plus discrets, plus intimes.

Ces cérémonies sont d’abord destinées aux familles et proches des soldats honorés, qui ont besoin du soutien et de la compassion de toute la nation : « Si nous sommes réunis aujourd’hui devant vos dépouilles drapées des couleurs de la France, c’est pour nous incliner devant la douleur digne de vos familles. Et je sais que ceux qui vous doivent la vie, nos deux compatriotes comme les ressortissantes américaine et sud-coréenne, s’associent à ce geste. C’est pour dire aussi notre solidarité avec vos frères d’armes. ».

Emmanuel Macron a reconnu sa propre responsabilité dans cette tragédie, et a assumé pleinement sa décision : « Une vie arrêtée n’est pas une vie perdue. Une vie arrêtée en pleine jeunesse, en pleine conscience aussi, n’est pas une vie perdue. Une vie donnée n’est pas une vie perdue. Celui qui meurt au combat, dans l’accomplissement de son devoir, n’a pas seulement accompli son devoir, il a rempli sa destinée. Ce n’est pas un sacrifice, non. C’est le sens même de l’engagement, la part tragique de la mission et vous le saviez. Et avec vous, je le savais. ».

Donner du sens, c’est ce qu’a su faire Emmanuel Macron : « Cette indicible part obscure de l’engagement, celle qui fait sa force et sa clarté, celle du don que chaque soldat à chaque mission consente à la nation. Et notre pays sent bien, notre pays sait bien dans ses profondeurs que votre exemple nous sauve tous car il nous maintient à la hauteur de nous-mêmes, de ce que nous avons à être. (…) Une nation n’est libre et forte que d’avoir des héros dont elle doit se montrer digne en s’élevant à leur hauteur et en restant soudés, tel est le sens profond de votre combat. ».

_yartiInvalides2019051403

Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, avait prononcé des mots similaires à Varces, près de Grenoble, le 25 janvier 2012 pour rendre hommage aux quatre soldats français tués la veille en Afghanistan : « Puisse votre souvenir affermir en chacun de nous le courage de servir nos engagements. ». Ce n’est, en effet, hélas pas la première fois ni la dernière que la France rend hommage à ses soldats tués sur le front ou en mission.

Les maîtres Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello ont perdu la vie dans une opération visant à sauver la vie d'otages français. Il n’y a pas plus haut don. Deux touristes français qui visitaient le parc national de la Pendjari, dans le nord-ouest du Bénin, avaient été enlevés le 1er mai 2019. Leur guide béninois, Fiacre Gbédji, a été retrouvé, trois jours plus tard, tué par les ravisseurs, qui ont été localisés le 7 mai 2019 par l’armée française au nord du Burkina Faso, apparemment en route vers le Mali. Il fallait les rattraper avant que les otages fussent dans d'autres mains. Ce fut dans la nuit du 9 au 10 mai 2019, près de la ville de Gorom-Gorom, que les conditions ont permis à un commando des forces spéciales (la Task Force Sabre), soutenu par l’armée burkinabaise, l’armée béninoise et le service de renseignements américains, d’attaquer les ravisseurs.

Le bilan est lourd puisque deux soldats français en sont morts, ainsi que quatre des six ravisseurs (les deux autres ont pu s’enfuir). L’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine française, a exprimé son admiration dès le 10 mai 2019 : « J’admire leur courage, je partage la peine de leurs familles et de leurs proches. ».

Le premier maître Cédric de Pierrepont, né le 17 juillet 1986 à Ploemeur, est entré dans la Marine nationale en 2004 (quinze ans de service). Il est devenu fusilier marin en 2005. Devenu fusilier marin commando et nageur de combat, il intégra le Commando Hubert en août 2012 dont il fut un chef de groupe commando à partir d’avril 2018. Il a participé à plusieurs opérations extérieures, en particulier en Méditerranée, au Levant et au Sahel où il fut affecté le 30 mars 2019.

_yartiOtagesBenin01

Le premier maître Alain Bertoncello, né en 1991, est entré dans la Marine nationale en février 2011 (huit ans de service). Il est devenu fusilier marin commando en 2012, et fut affecté au Commando Hubert en juillet 2017. Il fut affecté aux Seychelles (protection des thoniers), au Qatar, au Levant et au Sahel, où il fut déployé à partir du 30 mars 2019.

Non seulement les deux otages français ont été libérés et sauvés, mais deux autres otages également, une Sud-coréenne et une Américaine, deux membres d’une organisation non gouvernementale qui avaient été enlevés le 12 avril 2019, dont les pays respectifs n’avaient pas identifié leur présence en ces lieux. Ces quatre otages ont été accueillis à la base aérienne de Villacoublay dans l’après-midi du 11 mai 2019 par le Président Emmanuel Macron, le Ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, la Ministre des Armées Florence Parly et le chef d’état-major des armées François Lecointre. Ces deux derniers responsables avaient tenu une conférence de presse le 10 mai 2019.

_yartiOtagesBenin02

Comme l'a dit quatre jours plus tard Emmanuel Macron, il est utile de rappeler que la France est un grand État qui n’abandonne pas ses ressortissants même lorsqu’ils sont en difficulté, surtout lorsqu’ils sont en difficulté. Peu de pays seraient prêts à risquer la vie de leurs troupes pour faire ce genre d’opération extérieure. Florence Parly a ainsi tenu à insister sur la détermination du gouvernement français : « La lutte contre le terrorisme et la protection de nos concitoyens ont toujours été, sont et resteront la boussole de nos armées et de nos militaires. Les terroristes qui s’attaquent à la France et aux François doivent savoir que nous ne ménagerons aucun effort pour les traquer et les combattre. Cette opération illustre avec gravité l’extrême détermination avec laquelle nos forces armées sont engagées dans ce combat sans merci. » (10 mai 2019).

C’est donc utile d’avoir sans cesse à l’esprit cette capacité à rompre les fatalités terroristes au risque de la vie, avant de vouer aux gémonies les institutions, l’État et le gouvernement français, quel qu’il soit, bien tranquillement installé dans son fauteuil chez soi en France, pendant que d’autres protègent avec bravoure la vie de leurs compatriotes. Des hommes courageux, qui ont fait vocation de protéger les autres, de les sauver, comme ce fut le cas du colonel Arnaud Beltrame, constituent les armées françaises pour éviter le pire, pour préserver du malheur : « L’engagement et le sacrifice du maître Cédric de Pierrepont et du maître Alain Bertoncello nous dépasse tous. Toute la Nation s’incline aujourd’hui devant leur courage, reconnaissante et fière de ses héros qui ont donné leur vie pour sauver celle des autres. » (Florence Parly).

C’est aux familles et proches des deux soldats morts au combat que je pense. Que ces personnes endeuillées et effondrées trouvent, dans cet acte de courage et d’héroïsme, fierté du devoir accompli, même si rien hélas ne réparera leur cruelle absence. Je pense aussi à la famille et aux proches de Fiacre Gbédji, père de famille nombreuse, dont la vie n’a semblé tellement rien valoir aux yeux des terroristes qu’ils l’ont lâchement et sauvagement assassiné au moment de l’enlèvement. Que toutes ces familles trouvent dans cet hommage du 14 mai 2019 aux Invalides la reconnaissance infinie de la France.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 mai 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Vidéo de la cérémonie d’hommage à Cédric de Pierrepont et Alain Bettoncello aux Invalides le 14 mai 2019.
Discours du Président Emmanuel Macron le 14 mai 2019 aux Invalides à Paris (texte intégral).
Commando Hubert : la France dans l’unité nationale autour de ses deux héros.
Bénin : le courage et le sacrifice de deux vies pour en sauver d’autres.
Niger : le prix d’un message.
N’oublions pas le sacrifice du colonel Arnaud Beltrame !
Nos soldats à Beyrouth, il y a trente-cinq ans…
Hommage des quatre soldats tués le 24 janvier 2012 en Afghanistan.
Ils ne sont pas des numéros.
Chasseurs alpins en Afghanistan.

_yartiInvalides2019051405



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190514-commando-hubert-burkina-faso.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/commando-hubert-la-france-dans-l-215094

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/05/14/37336283.html