« On se déshabituait des mots de la moralité courante, pour d'autres mesurant les actions, les comportements et les sentiments à l'aune du plaisir, "frustration" et "gratification". La nouvelle façon d'être au monde était "la décontraction", à l'aise dans ses baskets, mélange d'assurance de soi et d'indifférence aux autres. » (Annie Ernaux, "Les Années", 2008, éd. Gallimard).



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Les électeurs suédois ont voté récemment, le 11 septembre 2022, pour renouveler les 349 sièges de leur Assemblée, le Riksdag, l'unique chambre parlementaire du Royaume de Suède (c'est une monarchie). Le vainqueur de ces élections a été l'extrême droite, ou plus exactement, l'ultradroite nationaliste du parti Démocrates de Suède mené par Jimmie Akesson, qui a atteint la deuxième place de la classe politique avec 20,5% des suffrages exprimés et 73 sièges, soit 11 de plus qu'au précédentes élections du 9 septembre 2018.

Bien que son parti social-démocrate ait gagné des sièges par rapport à 2018 (107 sièges au lieu de 100) et 2 points d'audience électorale (30,3% des suffrages exprimés), la Première Ministre Magdalena Andersson a dû s'effacer en raison de la perte de majorité absolue de sa coalition, qui a perdu 2 sièges au bénéfice de l'opposition. Le 18 octobre 2022, un nouveau gouvernement a donc été investi par 176 voix contre 173, composé de ministres issus des modérés (68 sièges), des chrétiens-démocrates (19 sièges) et des libéraux (16 sièges), et il est dirigé par le nouveau Premier Ministre Ulf Kristersson (modéré). Si sa composition ne reflète qu'une coalition minoritaire (103 sièges sur 349), le gouvernement est aussi soutenu par l'ultradroite sans sa participation à l'action gouvernementale, mais avec une forte influence sur les décisions prises.

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La percée de l'ultradroite en Suède a été fréquemment analysée par l'apparition des thèmes favoris des populistes, en particulier de l'insécurité, mettant sous les projecteurs une guerre des gangs. Cependant, je pense que cette percée, qui pourrait être durable et pas juste un épiphénomène ponctuel, traduit plus profondément un ras-le-bol d'une société qui se croyait en avance et qui fonçait plus vite que de raison. Pour l'illustrer, on peut parler de l'accompagnement des adolescents transgenres en Suède.

La Suède est l'un des pays les plus "avancés", mais je n'apprécie pas cet adjectif qui laisse entendre que ceux qui ne l'imitent pas seraient "archaïques", pas plus que je n'apprécie l'adjectif "progressiste" pour cet usage. Disons que la Suède a été très loin, certainement trop loin, au sujet des personnes transgenres. Disons-le clairement : si c'est un véritable problème, avoir le sexe opposé de ce qu'on croit être soi, avec toutes les problèmes d'identité, de psychologie, de physiologie, qui en découlent, il ne concerne qu'une infime partie de la population.

En Suède, les personnes transgenres sont reconnues depuis... 1972 ! Il y a cinquante ans, à une époque où l'homosexualité était encore illégale en France (pour encore une décennie). Le problème, c'est qu'on est allé jusqu'à des absurdités irréversibles qui ont profondément atteint des personnes devenues victimes de la société suédoise dans sa globalité.

Un excellent documentaire a été diffusé récemment sur France 2, le jeudi 24 novembre 2022, dans le cadre de la série "Nous, les Européens" présenté par Éléonore Gay et intitulé : "Suède, un modèle en crise ?". Un reportage de Frédérique Maillard-Laudisa et Giona Messina montre à quel point la Suède, son corps médical, son politiquement correct, se sont trompés pour accompagner les personnes qui se croyaient transgenres.

Symbole de ce "progressisme sociétal" (l'expression est impropre), Lina Exelsson Kihlblom, qui était un homme et est devenu une femme en 1995 (date de sa "transition"), était la première ministre transgenre de l'histoire de la Suède, nommée, dans le gouvernement social-démocrate sortant, Ministre de l'Enseignement primaire du 30 novembre 2021 au 18 octobre 2022. Elle était donc responsable de l'instruction des écoliers du primaire.

Le documentaire donne l'exemple d'un couple qui paraît "normal", hétérosexuel. En fait, l'homme, Mikael, a longtemps cru qu'il était transgenre parce qu'il n'était pas à l'aise avec lui-même : « Ce n'est pas une question de sexualité, c'est une question d'identité. ». Par amour, sa compagne a accepté la transformation.

Il a été traité avec des hormones pendant sept ans pour ressembler à une femme, heureusement sans chirurgie, donc sans rien d'irréversible. Il pensait que cela allait résoudre ses problèmes psychologiques. Quand ils se sont mariés, l'homme était donc devenu une femme, et en revoyant les photos du mariage, le couple insistait sur le chignon très séduisant ainsi que la robe blanche de l'homme. Et au bout de sept ans, Mikael s'est aperçu que son problème n'était pas d'être un homme mais d'être atteint d'autisme. Son traitement transgenre « cachait en fait une maladie, l'autisme ». Il en veut désormais au corps médical de ne pas lui avoir fait les tests de détection de l'autisme : « Personne ne nous a prévenus que ça pouvait être une erreur ! », tonne la femme. Il a alors arrêté son traitement, mais l'administration suédoise le considère encore comme ...une femme (Julia).

Son retour au sexe masculin, Mikael l'a vécu ainsi, selon la voix off du reportage : « Pour lui, retrouver le sexe de sa naissance, c'est comme une renaissance. ».

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En fait, les "transitions" d'homme à femme sont assez rares. Ce qui est plus répandu en Suède, ce sont les adolescentes, des jeunes filles, qui souhaitent devenir des hommes, ou plutôt, qui n'acceptent pas leur puberté et leur transformation, la poitrine, etc.

La journaliste évoque la situation d'une adolescente, Lovisa, qui voulait devenir un garçon à 13 ans. Elle fut rapidement prise en charge par les médecins. Les parents étaient décontenancés car leur fille avait fait auparavant de l'anorexie et c'était « comme si son anorexie était revenue : elle ne voulait pas être elle-même ». Le corps médical allait la pousser rapidement à changer de sexe, elle était immédiatement appelée par le prénom de garçon qu'elle s'était choisi, Sam. Le problème, c'est que le traitement était irréversible, des hormones pour stopper la puberté, des opérations chirurgicales, etc. Au moindre doute émis par les parents, ceux-ci étaient taxés de "transphobes" et ne pouvaient plus s'exprimer.

La pédopsychiatre Angela Sämfjord, qui travaillait dans une clinique qui prenait tout en charge pour la "transition" des adolescentes, parfois sans l'accord des parents (c'est le plus scandaleux), a démissionné au bout d'un certain nombre d'années, le temps de s'apercevoir de la gravité des situations : « Quand j’y travaillais, on a bloqué la puberté d’adolescentes dès l’âge de 12 ans avec des médicaments, alors que c’est un diagnostic complexe. J’ai rencontré beaucoup de patients venus consulter pour une transition de genre qui avaient d’autres problèmes psychiques. (…) Un grand nombre étaient autistes, soit 25%. Je pense que la Suède s’est perdue. On a été plus vite que la science. Même si l’intention était de faire du bien à nos patients, on a donné des traitements médicaux sans suffisamment de preuves. ».

Beaucoup d'anciennes adolescentes devenues des garçons le regrettent aujourd'hui mais c'est définitif : « On a été des cobayes. Ils ont mené des expériences sans base scientifique. Qui fait ça en médecine ? ». Certaines victimes sont en souffrance : « On ne peut plus rien faire pour mon corps. La chirurgie et tout le reste, c’est irréversible. Je ne récupérerai jamais ma voix. Je ne retrouverai pas mes seins, mes organes. On ne peut plus rien faire. ».

En 2019, avec Karin Matisson, la journaliste Carolina Jemsby a enquêté pendant quatre ans sur ces situations extrêmes et la diffusion de son documentaire, intitulé "The Trans Train", a fait l'équivalent d'un électrochoc sur ce sujet en Suède : « Donner ces hormones pour changer de sexe augmente les risques de cancer, de maladies cardiovasculaires et de thromboses. ».

Elle explique que le corps médical faisait beaucoup de pressions sur les parents pour leur laisser le destin de leurs enfants : « De nombreux parents qui s’opposaient à un traitement pour leur enfant et demandaient d’attendre, se sont vu traiter de transphobes. Les cliniques pour adolescents transgenres ont été jusqu’à signaler des parents aux services sociaux en leur disant : "Attention, nous avons un enfant transgenre dans cette famille et des parents transphobes". Et cela, juste parce que les parents voulaient qu’on prenne le temps avant de donner des hormones ou qu’on fasse une chirurgie à leur enfant. ». Même son de cloche pour le psychiatre Fredrik Lundkvist, touché par son enfant transgenre : « La Suède a été trop vite, trop loin. ».

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Cette prise de conscience, bien que tardive, a donc eu une conséquence heureuse : au début de l'année 2022, le Conseil national de la santé et de l'aide sociale de Suède a désormais interdit tous les traitements en cause appliqués aux adolescents, sauf à titre exceptionnel. Car rien dans les études scientifiques n'apportait un réel intérêt psychologique et physiologique pour ces traitements. On s'est ainsi aperçu qu'un quart des adolescentes traitées alors était affecté d'autisme non détecté auparavant.

Malgré ces informations édifiantes, la journaliste Éléonore Gay est allée interviewer une militante transgenre, ancien homme devenu femme, Ann-Christine Ruuth, présidente de l'association Transammans, dont le principal argument est le « droit à être soi-même ». Le problème, c'est qu'à 13 ans, on n'est pas forcément capable de savoir qui on est vraiment, et ces pertes de repère, d'identité, ne sont pas forcément des problèmes de genre. Pour preuve, ces trentenaires qui regrettent d'avoir été définitivement traités pour changer de sexe.

Faut-il alors s'étonner que l'ultradroite suédoise puisse avoir autant d'audience et de crédit et même, faut-il s'étonner que Vladimir Poutine fasse de l'invasion en Ukraine une guerre civilisationnelle entre pro- et anti-LGBT ? Il faudra juste dire à Vladimir Poutine que les errements du corps médical suédois ne représentent pas la "civilisation" européenne, que justement, il y a eu des garde-fous puisque la Suède en revient, parce que c'est un pays de libertés et de démocratie et que les chefs peuvent avoir tort, qu'il y a ce droit à la critique que les dictatures n'ont pas, et que le peuple ukrainien n'a rien à voir avec ce supposé clivage artificiel et complètement stupide.

En tout cas, cela démontre que ce n'est pas forcément intelligent ni futé d'être "en avance sociétale sur son temps", un argument d'autorité maintes fois utilisés pour les pires "avancées". Cela a condamné des dizaines voire des centaines de vies injustement. Cette morale devrait s'appliquer aussi à d'autres sujets "sociétaux" à venir, qu'on y prenne garde !


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (27 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Suède : la victoire de l'ultradroite dans un pays trop "en avance" sur son temps.
Transgenres adolescentes en Suède : la génération sacrifiée.
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