Canalblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Publicité
Le canalblog de Sylvain Rakotoarison
15 décembre 2023

Il y a 15 ans : Nicolas Sarkozy, l'Europe et les crises (déjà)

« Je voudrais vous dire, à titre personnel, que moi, cette Présidence de six mois m'a beaucoup appris et que j'ai beaucoup aimé ce travail. Et pour dire les choses, je comprends que les parlementaires européens soient passionnés par ce qu'ils font (…). Cette Europe, on en a plus que jamais besoin. J'ai essayé de bouger l'Europe mais l'Europe m'a changé. » (Nicolas Sarkozy, le 16 décembre 2008 à Strasbourg).




_yartiSarkozyEurope01

Le Conseil Européen réuni à Bruxelles ce jeudi 14 décembre 2023 a réussi à maintenir l'unité européenne face à l'Ukraine et à la Moldavie par cette décision historique d'ouvrir les négociations d'adhésion avec ces deux pays. La Hongrie s'est abstenue en s'absentant opportunément. Faisons un retour à il y a quinze ans, justement, le mardi 16 décembre 2008.

À cette date, le Président de la République Nicolas Sarkozy a prononcé un important discours au Parlement Européen de Strasbourg. C'était son dernier discours du semestre, le premier a eu lieu le jeudi 10 juillet 2008. Pendant ce second semestre de l'année 2008, la France présidait le Conseil de l'Union. C'était l'avant-dernière fois, avant le premier semestre de l'année 2022 (sous Emmanuel Macron).

On pourrait voir beaucoup de similitudes entre la manière de présider l'Europe de Nicolas Sarkozy et celle d'Emmanuel Macron. Ce n'est pas étonnant car les deux sont avant tout des volontaristes et des anti-fatalistes, des leaders qui veulent avancer sur certains dossiers en y mettant enthousiasme, force de persuasion et argumentation.

L'une des principales actions de Nicolas Sarkozy a eu lieu avant cette Présidence française : dès son arrivée à l'Élysée en mai 2007, il a amorcé le processus pour faire adopter le Traité de Lisbonne (qui fut signé le 13 décembre 2007).

Était-ce une trahison par rapport au référendum du 29 mai 2005 comme l'affirment encore aujourd'hui, près de vingt ans plus tard (une génération !) des militants anti-européens ? Évidemment, non, mais comme aucun argument n'est opposé à cette impression, c'est devenue presque une vérité. La réalité, c'est que l'un des points principaux du projet présidentiel du candidat Nicolas Sarkozy, c'était de négocier rapidement un traité européen pour envisager une fonctionnement des institutions européennes à Vingt-Sept : la Croatie n'était pas encore membre (en juillet 2013), le Royaume-Uni l'était encore (jusqu'en janvier 2020), et la Roumanie et la Bulgarie venaient juste de le devenir (en janvier 2007).

L'échec du TCE (Traité pour une Constitution européenne) a été catastrophique pour l'Union Européenne telle qu'elle était devenue en 2004 avec l'élargissement à dix pays supplémentaires (passage de Quinze à Vingt-Cinq) correspondant à l'Europe centrale et orientale issu de l'ancien Bloc soviétique. Sur le plant politique et moral, il était absolument indispensable de faire cet élargissement, mais il s'est fait sur la base des institutions d'une Europe des Six, ce qui entraînerait à court terme la paralysie des institutions. En 2023, nous avons les mêmes enjeux : politiquement et moralement, il est nécessaire d'intégrer l'Ukraine et la Moldavie, mais techniquement, cela rendra les institutions encore plus contraignantes : « Si on veut l'élargissement (…), alors il faut de nouvelles institutions. (…) Ce n'est pas une question de chantage (…). C'est une question de cohérence, c'est une question d'honnêteté et c'est une question de logique. ».

Nicolas Sarkozy a donc annoncé dès sa candidature que s'il était élu, il proposerait un nouveau traité pragmatique pour débloquer le fonctionnement des institutions à Vingt-Sept. Les électeurs ont donc voté pour lui en toute connaissance de cause et on ne pouvait même pas dire qu'un Le Pen au second tour a biaisé l'élection et sa signification. Du reste, les trois candidats arrivés en tête du premier tour en 2007 (Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou), représentant près de 28 millions d'électeurs, soit plus des trois quarts de l'électorat (75,7% des voix), avaient tous les trois annoncé qu'ils feraient ce qu'allait devenir le Traité de Lisbonne. Il n'y a donc eu aucun déni démocratique, simplement, une évolution de l'électorat qui avait tout le loisir de reporter massivement ses votes sur des candidats anti-européens (ce qu'il n'a pas fait).

Nicolas Sarkozy a été clair à Strasbourg : « Moi-même, en tant que Président de la République française, j'ai dû prendre mes responsabilités. La France a voté non en 2005 et ce non était un problème pour la France. (…) J'ai proposé, avant les élections, aux Français, la ratification parlementaire du Traité de Lisbonne. J'ai dit, avant les élections, que je n'organiserai pas de référendum en France. C'est démocratiquement que je l'ai dit aux Français. C'était un choix, trois jours avant mon élection, qui aurait pu être lourd de signification. Je ne regrette pas ce choix. Je pense profondément que les questions institutionnelles, les règles de fonctionnement en Europe sont l'affaire des parlementaires plutôt que l'affaire du référendum. C'est un choix politique que j'assume et c'est un choix politique que j'ai assumé dans mon pays avant les élections. C'est donc un choix parfaitement démocratique. ».

Ce premier discours devant les députés européens a eu lieu le 10 juillet 2008. Dans ses mémoires, l'éditorialiste politique Catherine Nay a noté : « Il rentrait d'une réunion du G8 au Japon (dix heures de décalage horaire). Il avait peu dormi. Je suivais l'événement à la télévision. On lui avait apporté un discours qu'il avait écarté. Pendant cinquante-cinq minutes, il allait parler sans note, sans prompteur. Une performance incroyable, restée dans les mémoires. C'était un discours destiné à convaincre les Européens de leur chance d'appartenir à cette grande famille, de pouvoir faire ensemble des choses formidables. Il donnait à tous envie d'aller de l'avant. Ce n'était pas une improvisation, mais le fruit d'une longue réflexion personnelle entamée depuis des mois. Avec Nicolas Sarkozy, ce n'est jamais sa capacité de travail qui peut être mise en cause. (…) Ce que j'avais trouvé aussi remarquable ce jour-là, c'est de le voir répondre, deux heures durant, à chacun des intervenants, sans se départir de son calme, plein d'humour et d'urbanité. ».

La grande affaire du début de cette Présidence française, c'était le non au référendum organisé par l'Irlande sur le Traité de Lisbonne (le 12 juin 2008, 53,4% des électeurs irlandais avaient dit non à la réforme constitutionnelle consécutive au Traité de Lisbonne, avec une forte abstention, 47%). La réponse de Nicolas Sarkozy a été : « Comment sortir l'Europe de la crise où elle se trouve ? Comment éviter l'immobilisme ? Comment surmonter nos désaccords pour les mettre au service d'un même idéal européen. Ici, nous sommes au cœur de la démocratie européenne. Chacun d'entre vous, pour avoir l'honneur de siéger, a dû recueillir le soutien de ses compatriotes. Il y a des femmes et des hommes de gauche, il y a des femmes et des hommes du centre, il y a des femmes et des hommes de droite, il y a des élus de vingt-sept pays mais, aujourd'hui, nous devons faire de nos différences une force au service d'une Union Européenne qui souffre. Nous devons faire de ces différences une opportunité pour rassurer des Européens qui sont inquiets. Nous devons faire vivre la démocratie donc assumer nos débats et, en même temps, donner l'image d'une Europe qui refuse l'immobilisme. Nous devons amener tout le monde. La famille, c'est vingt-sept États, nous ne devons laisser personne derrière. ». Il allait le répéter : « Une famille, c'est vingt-sept. Nous ne laisserons personne derrière. Pas question d'avancer sans l'Irlande. Mais il faut aller vite, les Européens et leurs députés doivent savoir comment seront organisées les élections européennes de l'an prochain. ».

Nicolas Sarkozy a aussi défini le 10 juillet 2008 ses quatre priorités pour sa Présidence : le paquet énergie-climat avec Jean-Louis Borloo, le contrôle de l'immigration européenne avec Brice Hortefeux, la défense européenne avec Hervé Morin, et la réforme de la politique agricole commune (PAC) avec Michel Barnier, tous les quatre ministres en exercice.

Cinq mois plus tard, à la fin de la Présidence française, la situation internationale a totalement changé, avec deux crises majeures : la guerre en Ossétie du Sud (un affrontement armé entre la Russie et la Géorgie a commencé le 8 août 2008) et la crise financière mondiale (le 15 septembre 2008) : « On n'imaginait pas à l'époque qu'une guerre éclaterait entre la Géorgie et la Russie et on n'imaginait pas non plus la violence de la crise financière, d'abord, de la crise économique ensuite, que l'Europe aurait à affronter. La Présidence française (…) a essayé d'organiser toute son action autour de deux convictions : le monde a besoin d'une Europe forte, première conviction, deuxième conviction : il ne peut pas y avoir d'Europe forte si l'Europe est désunie. ».

La guerre entre la Russie et la Géorgie : « Le 8 août, les forces russes étaient à 40 km de Tbilissi. Aujourd'hui, la quasi-totalité des forces russes ont évacué le territoire de la Géorgie hors Ossétie et Abkhazie. L'Europe a répondu présente sans pour autant s'engager dans une politique agressive à l'endroit de nos voisins russes. Ma conviction, c'est que nous n'avons pas d'avenir autre que de trouver avec nos voisins les conditions du développement économique, de la sécurité et de la paix en leur expliquant que s'ils veulent compter dans le monde et la Russie est un grand pays, ils doivent respecter des valeurs, des pratiques et des comportements qui ne doivent plus être ceux qui étaient les leurs à une autre époque en Europe. ».

La crise financière : « L'Europe a dit d'une seule voix qu'elle voulait d'un capitalisme d'entrepreneur et non pas d'un capitalisme de spéculateur, qu'elle voulait la réforme du système financier, qu'elle voulait une autre place pour les pays émergents, qu'elle voulait la moralisation du capitalisme. L'Europe a essayé de défendre d'une seule voix ses convictions. ».

Dans son discours devant les parlementaires européens le 16 décembre 2008, Nicolas Sarkozy tentait de répondre à la question : « Qu'est-ce qu'une Europe forte ? C'est une Europe qui pense, qui a des convictions, qui a ses réponses, qui imagine. C'est une Europe qui ne se contente pas de suivre. C'est une Europe qui refuse un consensus fondé uniquement sur le non-dit, sur l'évacuation des problèmes, sur le temps censé tout arranger alors que ma conviction, c'est que plus on attend, plus on complique. ».

La conclusion du discours du 16 décembre 2008 est une déclaration d'amour à l'Europe : « Les grands projets, les grandes ambitions, les grandes idées, au nom de ces grandes idées et de ces grandes ambitions, on peut surmonter les égoïsmes nationaux. Alors, que l'Europe reste ambitieuse et que l'Europe comprenne que le monde a besoin qu'elle prenne des décisions. Quand on met la poussière sous le tapis, on se prépare des lendemains difficiles. Les problèmes, il faut les régler tout de suite et maintenant et ce n'est pas vrai que les institutions européennes empêchent la prise de décision. Ce qui empêche la prise de décision, c'est le manque de courage, le manque de volontarisme, c'est l'affadissement d'un idéal. ».

En ce sens, Emmanuel Macron reste le réel successeur de Nicolas Sarkozy, un Président européen, audacieux, travailleur, volontariste et courageux lorsqu'il s'agit d'affronter les questions des parlementaires européens.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 décembre 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Il y a 15 ans : Nicolas Sarkozy, l'Europe et les crises (déjà).
Discours du Président Nicolas Sarkozy le 16 décembre 2008 au Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).
Discours du Président Nicolas Sarkozy le 10 juillet 2008 au Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).
Sale temps pour Nicolas Sarkozy !
La justice harcèle-t-elle la classe politique ?
Carla Bruni.
La sagesse de Nicolas Sarkozy.
Pour qui votera Nicolas Sarkozy au premier tour ?
Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
Injustice pour Nicolas Sarkozy ?
Sarko et ses frères...

_yartiSarkozyEurope04





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20231216-sarkozy.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/il-y-a-15-ans-nicolas-sarkozy-l-251864

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/12/13/40142244.html






Publicité
Publicité
Commentaires
Newsletter
Publicité
Archives
Le canalblog de Sylvain Rakotoarison
Merci de m'avoir lu.

L'intégralité de mes articles (depuis février 2007) se trouve sur le site http://www.rakotoarison.eu
Canalblog n'héberge que mes articles depuis mars 2015.
© Copyright 2007-2019 : Copie strictement interdite sans autorisation écrite préalable.

Publicité